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mardi 11 juillet 2023

CHRIST, Philosophie, Oraxiome

Nous ne thématisons pas ni n’élucidons le sens supposé caché de ses paroles, si ce n’est pour mettre à découvert théorique ce qui est à peine implicite et déjà offert aux simples. Nous dégageons sous la forme d’axiomes subjectifs ou de vécus oraxiomatiques (axiomes de-dernière-instance) la cohérence non-philosophique des logia populaires si facilement capturés par la philosophie qui aime prendre en charge les paroles populaires et les « relever ». Avec ces paroles simples et non philosophiques, Jésus se fait Christ sans avoir besoin de la dialectique paulinienne, il exprime son « identification » à cette sortie hors du religieux, celle du Christ « en » lui-même. Que pourrait vouloir dire « philosopher en Christ » si ce n’est pas lui la condition qui détermine ses propres paroles et les soustrait autant au judaïsme qu’à la pensée grecque ? Il est cause scientifique-immanente, cause générique du sens kérygmatique de ses paroles, tout le reste relève de sa christianisation après coup...
La Croix est un secret scellé, accompli en la personne du Christ, accessible aux Simples qui sont le savoir indocte, refusé à la suffisance des théologiens et des philosophes qui, eux, savent avec assurance qu’ils ne savent rien, au lieu de ne pas savoir ce qu’ils savent.

LARUELLE, CF, 2014

lundi 3 juillet 2023

QUANTIQUE, Représentation, Philosophie

La philosophie grecque qui servait de milieu d’accueil ou de réception pour le message christique, le Logos, n’est pas seulement une question d’objets, de thèmes, d’idées ou de concepts à varier, c’est une forme représentative de pensée qui transit à peu près tous ses concepts dont ceux de la théologie... Or il est apparu que la quantique est la délimitation radicale de la pensée représentative au moins dans les sciences et de son type de rassemblement, cosmos ou diaspora, sans que la pensée soit par là niée. Elle fait droit à des phénomènes non pas « petits » mais qui obéissent à un tout autre principe que celui de la représentation. La philosophie n’est pas capable de cet autre principe pourtant philosophique d’apparence et dont elle procure une version transcendante, seule la science le peut. Il lui est propre mais il ne devient capable de vertu ou d’effet de type philosophique et dans la théologie que lorsqu’il est sorti de son application physicienne... Les fameuses « abstractions métaphysiques » ne sont rien d’autre que les formes d’une pensée encore inadéquate à son objet. Le style quantique possède une généralité ultra-physique de toute façon puisqu’il correspond à des propriétés algébriques de suspens et de neutralisation mais qui par leur type d’universalité ouvrent de nouvelles perspectives.

LARUELLE, 2014, CF

jeudi 18 mai 2023

EN-CHRIST, Science, Christianisme

Plutôt qu’une théologie accompagnée d’un minimum de foi ou qu’une foi accompagnée d’un minimum de théologie, toujours plus ou moins bien suturables en extériorité, nous comprenons la théologie comme expérience vécue au sens contemporain de l’expérience, justement comme expérimentale et abandonnant ses normes de validité philosophique mais non pas toute philosophie... Une telle inflexion plus que simplement « vécue » mais formalisée de la théologie comme œuvre opérée en chacun des fidèles signifie le congé donné à l’Église comme appareil de médiation et à la théologie comme appareil d’Église... La formule « philosopher en Christ » résonne comme l’affect d’une distance impossible à combler mais qui doit l’être, l’appel d’un blanc en quelque sorte radical, d’un manque dans lequel justement l’Église et la théologie qui ont horreur du vide se sont précipitées comme médiations destinées à resuturer l’ensemble de la formule... Le terme qui manque parce qu’il est étranger à la philosophie et à la théologie du Christ, est celui de « science » dont pourtant un autre terme témoigne de manière précise mais illisible par la théologie et ses présupposés ontologiques transcendantaux, c’est celui de « en », « en-Christ », qui indique une immanence du Christ et une insertion du philosopher et donc du théologiser dans cette immanence. Ce que nous allons appeler la matrice générique ou encore christique est l’appareil de nature scientifique et expérimentale (physique et plus précisément quantique) qui réussit le démembrement du doublet théo-christo-logique et l’inclusion de la théologie elle-même en cette immanence qui porte le nom de Christ... Le Christ n’est pas seulement un modèle religieux à imiter dans son existence ou ses souffrances, le fondateur d’une nouvelle religion qui ne cesse de revenir l’interpréter et le solliciter, mais l’auteur de logia qui doivent être lus comme les protocoles et les axiomes d’une nouvelle science des humains en tant que par ailleurs ils sont voués comme êtres de croyances et de rites au monde. À ce Christ-là on soumettra la pensée religieuse comme on soumet un objet aux principes d’une science. Nuance importante, ce n’est pas la religion chrétienne, encore moins la « science chrétienne », qui est cette science des autres religions, c’est le Christ qui énonce les protocoles d’une science pour toutes les religions, christianisme compris. Le christianisme n’est ici qu’une religion que l’on dira « formelle » ou encore « première », à mettre sous condition elle aussi christique... Pourquoi parler d’une « science du christianisme » et des autres religions ? La foi a-t-elle jamais apporté une science ou bien supporté d’être l’objet d’une science ? Des raisons historiques assez superficielles peuvent nous mettre cependant sur la voie. L’événement-Christ n’est rien d’autre que celui de l’émergence de la foi contre les croyances gréco-païennes et judaïques qu’elle est seule capable de transformer afin de les mettre à portée générique des humains, et cette lutte contre les croyances au nom de la foi entretient avec la science moderne, c’est-à-dire la physique, les rapports les plus étroits. Si philosophie et mathématique depuis Platon se tiennent la main comme jumelles en miroir, foi et physique mathématique le font encore autrement et signent ensemble l’entrée dans la modernité cartésienne de la certitude subjective (Heidegger)... La conjoncture, théorique au sens le plus large, ayant beaucoup changé, cette association dispose de moyens différents et peut se proposer de nouveaux objectifs... Conjuguée avec l’impératif luthérien, cette nouvelle perspective ne peut signifier que le congé donné à la philosophie comme contemplation exclusive ou théoriciste de la foi.

LARUELLE, 2014, CF

vendredi 28 avril 2023

GNOSE, Savoir, Salut

"Nous distinguons deux états ou deux usages de n’importe quel savoir ou matériel épistémique, un usage encyclopédique et suffisant, incluant également la philosophie, et un usage de salut qui est et lui seul une connaissance générique... La gnose est en général un savoir indocte ou inenseigné supposé habiter le cœur intime des humains et assurer leur salut... Une « connaissance » que l’on ne peut dire ni philosophique ni théologique mais générique parce que rapportée au genre humain qui a à charge d’en faire le meilleur usage – un usage qui n’est plus cette fois d’enseignement et de transmission, mais d’invention de la sauvegarde des vivants sur Terre. La forme qui règle son extraction et sa consommation n’est plus alors celle de la philosophie mais celle du genre humain à préserver, le savoir donne lieu à une connaissance de salut et c’est la raison pour laquelle la gnose, qui défend les humains et sur cette base les vivants en général, n’est nullement « anthropocentrique » au sens habituel, elle est la connaissance de dernière-instance, l’ultimatum avant que ne se réalise éventuellement la destruction de la vie humaine. De ces deux usages des mêmes savoirs, le premier peut être dit actuel de production et virtuel d’usage, il est produit actuellement dans l’histoire, mais ne sert pas encore au salut des humains. Le second est virtuel, c’est une connaissance que l’on est sans doute mais qu’il faut aussi avoir ou acquérir. Renouvelée dans un contexte plus scientifique que religieux, plus générique que philosophique, la gnose déplace les anciens partages du savoir comme être et comme avoir, inversant apparemment l’ancien ordre, tout en affirmant qu’ils sont le même puisque le savoir que l’on a de l’humanité générique est aussi un savoir que l’on est, mais dont il faut acquérir la connaissance. C’est un savoir que l’on ne sait pas encore comme connaissance de salut, on l’opposera à la formule de la philosophie comme savoir que l’on ne sait pas – formule signifiant en réalité cette suffisance qu’il vaut mieux ne « rien » savoir ou savoir le rien de savoir, plutôt que de ne pas savoir du tout. La philosophie fait du savoir un impératif absolu qui contient le savoir du non-savoir lui-même et comme non-savoir. La gnose abat cette volonté absolue de savoir et la radicalise ou différencie le savoir et la connaissance de ce savoir."

LARUELLE, CF, 2014

GNOSE, Savoir, Philosophie

"L’axiome philosophique sous-jacent consiste à postuler la puissance implicite du non-savoir comme déjà savoir en l’Autre ou en Moi, sa capacité à être déployé sous la forme d’un savoir de plus haut rang. Cette fausse modestie du non-savoir exprime sa suffisance à se savoir lui-même. Appelons cette prétention le Principe de Non-savoir Suffisant, c’est le cœur de la philosophie. Il ne suffit pas de revendiquer le non-savoir et d’en faire bannière, mieux vaut un savoir non-suffisant qu’un non-savoir suffisant. La gnose inverse le problème de la philosophie ou le formule plus honnêtement... Il n’est pas suffisant de réfléchir philosophiquement ce savoir que l’on est sans l’avoir. La gnose court-circuite la réflexion transcendantale ou absolue qui appartient encore de toute façon au savoir primaire et, sans le réfléchir une fois de plus et le surpotentialiser à l’infini, elle le force à changer de destination, à bifurquer de sa finalité spontanée qui est l’idéalisme philosophique, à se soumettre génériquement aux humains plutôt qu’à un Dieu. La gnose force le savoir primaire ou positif à entrer dans une procédure qui n’est nullement réflexive ou en torsion spéculaire, mais « vectoriale ». L’ex-sistence générique n’est pas une trajectoire dans le néant, mais une émergence à sa racine, une insurrection radicale et non pas absolue. C’est d’abord dans son essence un vecteur plutôt qu’une chose ou un objet mais qui apporte avec lui l’équivalent d’un objet microscopique ou partiel (nous disons « quartiel ») à quoi est réduit le savoir positif. La gnose déployée est donc bien double mais justement sans former un doublet, plutôt quelque chose comme une superposition et une complémentarité. C’est la dualité d’un savoir ontico-ontologique primaire, donné plus ou moins positivement par les différentes disciplines, et d’un usage véritatif de ce savoir en fonction de l’homme, dualité relevant de propriétés quantiques comme la superposition et, on le dira aussi, comme la non-commutativité."

LARUELLE, CF, 2014

CHRIST, Christianisme, Religion

"Nous luttons sur deux fronts, celui du théoricisme socratique et de la sagesse ontologique, celui de l’éthique judaïque et de la Loi. Ces héritages religieux fondateurs sont des variables hétérogènes, le Réel comme Idée ou bien comme Loi n’a pas chaque fois la même portée, comme si l’on pouvait choisir l’un comme l’autre indifféremment. Mais la lutte contre le christianisme est encore d’une nature un peu différente, plus complexe, s’amorce avec lui un déclin de la transcendance la plus escarpée dans la médiation, une sorte de rebroussement vers l’immanence (et qui aura des effets politiques ou « gnostiques »). L’idéal et la possibilité d’une « vie » immanente sont apparus sans doute dans un contexte religieux, mais le christianisme est peut-être la seule religion qui peut se nier elle-même, s’immanentiser, s’intérioriser au point de nier sa transcendance divine par l’incarnation comme mort du Dieu transcendant, comme sacrifice de l’ancien fonds religieux au profit du sujet-Christ livré à la solitude et l’abandon. De cette immanentisation radicale qui se « retourne » comme sous-venue positive, nous pourrions tirer la possibilité d’un non-judaïsme et d’un non-christianisme, au total d’une non-philosophie... Le problème du « philosopher en Christ » n’est pas résolu tant que philosopher n’est pas « en-Christ », mais reste dans la priorité de l’Idée. L’Incarnation est le modèle ou la modélisation (justement) d’une véritable avant-priorité du Réel si immanent qu’il se sépare du Tout. Christianisme et judaïsme ne sont que relativement opposés à la philosophie, l’un par une immanence sans vrais moyens, l’autre par l’excès de la transcendance. L’en-Christ suppose la dissolution des mélanges religieux païens qui revivent dans les christologies philosophiques. La nouvelle formule directrice est philosopher, judaïser, et peut-être « mathématiser », si l’on veut bien comprendre la formule en-Christ comme en-Un. La vraie formule, celle qui aura rempli un blanc ou un vide abusivement caché et comblé par la philosophie, est donc « sous-philosopher en-Christ ». Nous n’entendons pas le « en- » comme incarnation transcendante mais comme vécu (d’)immanence qui est le réel de l’incarnation. Il ne s’agit pas d’un Christ historique ni d’un Christ idéalisé par la religion ou platonisé par la philosophie, mais du Christ comme sujet-Étranger ou Fils de l’Homme-en-personne. Pour tirer quelque chose de nouveau du christianisme lui-même, et le tirer « en-Christ », il faut comprendre le récit des Évangiles comme modélisation d’un Christ radicalement immanent et dédoubler le christianisme en une christo-fiction générique et un christo-centrisme qui aura été sa modélisation religieuse... Le Christ annonçait la fin non du judaïsme mais de toute religion et peut-être du monothéisme pour un mono-humanisme générique... Christ n’est pas le critique des religions, il est leur consumation comme immanentes ou vécues, qui les laisse à l’état de résidus c’est-à-dire de symptômes et de modèles aux fonctions secondaires."

LARUELLE, CF. 2014

jeudi 6 avril 2023

VIE, Philosophie, Bio-politique

Les philosophes qui ont fait de la vie l’Être et l’essence ont toujours appelé « vie » à la fois le flux, le devenir continu et auto-constituant, et une phase particulière, une coupure de ce flux. Plotin, Hegel, Nietzsche, Bergson, Husserl : la vie est le rayonnement de l’Un et une stase de ce rayonnement ; le devenir des contraires et l’un de ces contraires ; la volonté de puissance et l’un de ses modes ; l’élan vital et l’organisme qui l’enferme sur soi ; le flux de la conscience transcendantale et une détermination psycho-naturelle…. La vie est la simultanéité de l’essence et de l’existence, la matière comme hylé et, en même temps, une coupure ; une condensation, à la fois une abréviation et une extension, une déconcentration, une spatio-temporalisation de cette matière intensive. La philosophie, je ne parle pas ici de la biologie, n’a pas eu d’autres moyens de concevoir l’essence de la vie que par ce schème amphibolique qui s’inscrit dans la grande amphibolie occidentale de l’identité de l’Être et de l’étant, et qui appelle « vie » à la fois la substance des choses et l’un de ses modes. La bio-politique avoue ainsi n’avoir jamais été un projet scientifique. C’est l’ensemble des Rapports de pouvoir qui investissent et désinvestissent continûment l’analyse du vivant.

LARUELLE, 2020, NET

mardi 28 mars 2023

TRANSCENDANCE, Différence, Universel

La philosophie n’est pas une discipline scientifique, c’est toutefois une discipline objective. Si elle n’est pas scientifique, c’est parce qu’elle sort de la transcendance, mais il y a une objectivité de la transcendance. Elle a ses régularités, ses contraintes, ses lois d’essence et ses critères. La philosophie contemporaine, en particulier depuis Nietzsche et Heidegger, s’est donné un objet et une rigueur quasi-scientifiques : la recherche de l’essence formelle et réellement universelle, de la cause transcendantale des phénomènes – de leur a priori réellement universel. Sans doute la philosophie rationaliste a-t-elle toujours revendiqué l’universel. Mais c’était seulement des généralités, des essences empiriquement déterminées, régionalement localisées, qu’elle atteignait, même lorsqu’elle savait qu’il fallait distinguer entre le formel ou l’a priori et le général. L’universel véritable est sans doute le formel, ce n’est pas le général. Mais le formel n’est atteint pour lui-même, hors de ses mélanges avec l’empirique (l’exclusif) que lorsqu’il est aussi, paradoxalement, soustrait au « simplement » formel, c’est-à-dire à la sorte d’idéalité qui fait corps avec les déterminations empiriques ou exclusives, lorsqu’il devient et formel et informel. Il doit pour cela être déterminé non plus empiriquement ou ontiquement (essences logiques et mathématiques, lois physiques, formalité signifiante ; contenus sémantiques) mais par la seule « différence ». Qu’est-ce que les modernes appellent la « différence » ? Celle-ci n’a plus – tendanciellement du moins – de contenu empirique au sens d’identique à soi et donc d’exclusif, elle se définit – tendanciellement aussi par conséquent – par un trait syntaxique : un rapport (divisible) qui est en même temps un non-rapport (indivisible).Ce rapport qui est en même temps, simultanément, un non-rapport, cette transcendance finie qui est en même temps absolue, c’est cela que l’on appelle la « différence », c’est-à-dire le « même ». Le « même » se distingue tout à fait de l’être-présent, des essences et des faits, c’est l’a priori universel le plus radical que la philosophie ait élaboré.

LARUELLE, 2020, NET 

mercredi 22 mars 2023

HOMME, Automate, Technologie

"Étendre la critique de la Raison technologique aux images automatologiques de l’homme comme aux images anthropologiques de l’automate. La distinction de l’homme et de l’automate repose sur la distinction absolue, la dualité unilatérale ou irréversible de l’Un et de l’Être ; soit encore, ici du moins, de l’homme et du Monde, de l’homme et de la Technologie dans laquelle il est inaliénable... De ce point de vue, procéder à une redistribution de l’homme « comme tel » et de ses doubles automatologiques. Déplacer de toute façon le partage cartésien de l’homme et de l’automate puisque l’Un n’est plus tout à fait le Cogito. En réalité le problème est plus vaste : suggérer que la philosophie unitaire, son anthropologie et son humanisme, leurs critiques intra-philosophiques aussi, furent seulement une automato-logie fondée sur l’oubli de l’essence réelle de l’homme... La philosophie est en son fond animée par une illusion voire une hallucination automatologique de l’homme. Cela veut dire que, plus profondément que ses théories locales (mécanistes et informationnelles) des automates, ce sont les conceptions philosophiques du sujet et de l’homme, même les plus « humanistes » et les plus apparemment opposées aux automates, qui sont encore des artefacts quasi-humains ; des entités anthropoïdes voire androïdes plutôt que l’homme même. Les philosophies du sujet, le sujet dans la philosophie, même dans l’anthropologie ou l’humanisme, sont en réalité, dès qu’ils sont mesurés à l’Un ou à l’« homme ordinaire », des mixtes d’homme et d’artefact (une essence prothétique de l’homme)... On ne peut donc se contenter d’un rejet, ou d’une critique « humaniste » et « mentaliste », de l’Intelligence artificielle dont l’aspect physico-mathématique exprime plus radicalement une humanité et une subjectivité auxquelles la philosophie a opposé à tort une prétendue « objectivation » scientifique qui est seulement l’œuvre de la philosophie."

LARUELLE, 2020, NET 

SCIENCE, Pratique, Technologie

"L’hypothèse qui guide la description du NET et bien évidemment la critique de celui-ci, c’est que la réflexion sur les sciences, les techniques et la philosophie est grevée ordinairement par un pré-supposé gréco-occidental de fond qui est un pré-supposé unitaire : on postule l’unité, fût-elle lointaine, de la science et de la philosophie, l’unité de tous les savoirs sous l’autorité du logos. Unité lointaine, perdue et déchirée ; unité à retrouver dans une fondation, une légitimation ou une critique philosophiques de la science, etc. Nous avons été conduits au contraire à postuler une dualité irréductible du logos philosophique et du savoir scientifique et, par conséquent, – les deux choses font système – la possibilité pour la science de se fonder elle-même, de se légitimer et de se critiquer sans recourir aux bons offices de la philosophie. Nous avons postulé une science particulière, rigoureuse dans son ordre, mais transcendantale ou « auto »-fondatrice et capable de mener une critique des technologiques... L’essence scientifique-transcendantale de la pratique telle que nous l’entendons ne se confond pas avec la forme ou le type de l’Indécidabilité ou de la non-séparabilité que le technologue et le philosophe ont en commun sous le nom de « techno-logique ». C’est bien un Indécidable, un Un par conséquent, mais pas un indécidable fonctionnel, syntaxique (syn-taxique) et techno-logique : un Indécidable qui est, lui, identiquement une expérience transcendantale irréfléchie, rigoureuse et « naïve » au sens scientifique du mot... C’est une donnée immédiate présupposée par tout savoir objectivant sur la technique. Ce n’est pas l’Autre évidemment, ce n’est pas un inconscient du logos technique ou philosophique, c’est plutôt le sujet actuel et inaliénable de la pratique. Pas le sujet d’un savoir transcendant, une nouvelle fois, pas un Cogito, mais un Agito (j’agis, j’existe) qui est donné de manière absolument immanente à soi dans l’agir, sans aucune distance, transcendance, scission ou néant, etc. ; savoir non-thétique (de) soi qui est un savoir absolu ou rigoureusement fondé. Ainsi : l’homme n’est pas une pièce de la machine, il n’est pas aliéné dans la technique…"

LARUELLE, 2020, NET 

NET, Science, Philosophie

"Notre projet est plutôt de renoncer à toute « philosophie de la technique », et de faire passer la ligne de démarcation critique ailleurs qu’entre la techno-logie et elle-même... Où passera cette nouvelle ligne, si elle doit dissocier le mixte lui-même ? Entre la science, qui est un savoir réel, et le logos qui ne l’est pas tout à fait... Dans le NET, nous mettrons donc d’un seul côté les philosophies de la technologie avec leurs potentialités de déviation, de généralisation, d’illusion, de méconnaissance, etc…, et, sinon la « technologie » elle-même, du moins les sciences de la technique. Et de l’autre côté – cela seul montre l’enjeu – la science qui est dans la technique ou le fondement scientifique, c’est-à-dire, probablement, la réalité, le réel de/dans la technologie, et ce qui, de celle-ci, est vécu de manière immanente par le sujet (de) la science, à savoir l’agir pratico-technique."

LARUELLE, 202O, NET 

TECHNOLOGIE, Philosophie, Métaphysique

"Critique des catégories « métaphysiques » classique de la technologie. Il y a un capital catégorial investi dans la philosophie spontanée des technologues et dans la technologie spontanée des philosophes... Il y a une "technologie spontanée" des philosophes, mais, dans celle-ci, le rationalisme classique véhicule des paradigmes technologiques devenus inutilisables (les modèles des quatre formes de causalité ; des couples Travail/Nature, Forme/Matière, Fin/Moyen, Agent/Fin, Modèle/Copie ; la technique comme médiation Homme/Nature ; la conception organologique de la technique). Ils définissent en extériorité la technique par ses voisinages à l’aide de présupposés sédimentés et sans être capables à plus forte raison de prendre en compte le mode spécifique de croissance propre à la technologie moderne... La sur-technologisation des Sociétés, des Idéologies, de l’Imaginaire social est au moins l’indice ou le symptôme d’une tendance qui installe la technologie dans les fonctions non plus de référent, mais de référentiel, de système immanent de références qui, en tant que système, n’est plus lui-même seulement relatif à un autre, mais absolument autonome ou intériorisé. La technologie, comme dissolution /démultiplication /fragmentation et dissémination continue des référents (perceptifs, physiques, esthétiques, éthiques, etc.) exige de nouvelles philosophies. Au moins... Il y a, complémentairement, une "philosophie spontanée" des technologues. Ceux-ci, pour combler certains manques théoriques, invoquent spontanément un rationalisme d’esprit classique avec ses présupposés anthropologiques et humanistes ; une éthique des valeurs et de la responsabilité ; enfin une théorie de l’« interface » qui n’est dans ce cas qu’une théorie déguisée de la médiation. Cette philosophie hétéroclite et archaïque est incapable de fournir les instruments de pensée réellement adaptés aux formes nouvelles de la technologie et de sa logique sociale. De ce point de vue, il faut aller chercher des modèles nouveaux d’intelligibilité de la technologie dans l’« analyse » textuelle ou dans la « déconstruction » ; dans l’analyse « machinique » ou « schizo-analysique » des surfaces et des frontières ; dans l’analyse « techno-politique » des Relations de pouvoir, etc… Si l’on se tient à l’intérieur de la métaphysique « absolue » ou nietzschéenne, cette définition topologique de la machine est la plus achevée, la plus accomplie que puisse donner, de la technologie, la « métaphysique occidentale » – qu’elle puisse donner par conséquent d’elle-même (auto-interprétation de la technologie comme « technologie absolue »)."

LARUELLE, 2020, NET 

dimanche 19 mars 2023

TECHNOLOGIE, Philosophie, Empirisme

"Il y a ce qu’il faudrait appeler des usages hallucinés de la technologie. Ils sont de deux sortes. La première est l’« Idéalisme technologique », « technologisme généralisé » ou « Tout-technologie théorique ». C’est une tendance diffuse : dans le sens commun, chez les philosophes qui décrivent les systèmes techniques comme des totalités autonomes en expansion ; enfin chez Nietzsche et certains de ses continuateurs qui généralisent le modèle machinique... C’est l’idée que la technologie forme un système illimité mais clos, auto-reproducteur, et qui devient co-extensif à la vie ou qui épuise le réel. Le tout-machine en quelque sorte, le fantasme revenu ou la parousie de Moloch. La seconde est « l’empirisme technologique » des économiste, des sociologues, des psychologues, des technologues professionnels... Ils projettent sur l’expérience phénoménale immédiate de l’instrument le regard objectivant de l’ingénieur (comment le fabriquer ? le réparer ?), de l’économiste (combien coûte-t-il ?), de l’artiste, etc., et manquent l’expérience actuelle et réelle du fonctionnement ou de l’ustensilité se déployant comme continuum technologique. Et dans le meilleur des cas, lorsqu’ils éprouvent le technologique comme tel, c’est alors pour l’abstraire de son insertion dans l’infrastructure réelle de la science... 
Les philosophes sont les manipulateurs du technologique comme tel, et ils supposent donné avec lui le scientifique qu’ils réquisitionnent subrepticement tout en le déniant puisqu’ils ne peuvent l’apercevoir dans leur horizon, dans l’abri des préjugés gréco-ontologiques qui postulent l’unité du technologique, du philosophique et aussi du scientifique dans le techno-logos. A fortiori, les « sciences humaines » et « sociales » imprégnées du logos gréco-unitaire, négligent l’essence scientifique de la technique... Hallucination (confusion) technologique de la science… et finalement de la technologie elle-même... La philosophie se contente de projeter une image ou une représentation déjà philosophique sur la technique, elle se l’approprie autoritairement et circulairement, la réduisant à être un mode plus ou moins déchu ou déficient de son fonctionnement à elle. Elle pense en général son rapport à la techno-logie selon le système de l’avance/retard. Il y a une avance de la technologie sur la philosophie, un retard de celle-ci sur celle-là qui devient par son avance même son nouvel objet. À partir de là, une double interprétation de ce schéma est possible. Ou bien, comme la philosophie traditionnelle, qui se veut maîtresse de soi et de son objet, on suppose que c’est un simple retard rattrapable, que la philosophie comblera d’autant mieux qu’elle anticipe par vocation les formes a priori, formes essentielles et universelles du savoir, donc aussi du technologos : appelons cette fatuité le technologocentrisme (tautologie de l’Identique). Ou bien on suppose, dans un style plus contemporain, que ce retard est constituant de la philosophie, que celle-ci ne le comblera jamais, qu’il est pour elle un inconscient irréductible qui la tient en haleine. On déconstruira, mais mutuellement ou réciproquement encore (tautologie du Même), la philosophie et la technologie, l’une par l’autre... Mais elle n’excède le technologocentrisme que pour rester dans le délire unitaire du philosophique livré à lui-même hors de son infrastructure scientifique."

LARUELLE, 2020, NET

TECHNOLOGIE, Technique, Philosophie

"Le sens-technologique des « techniques » est une idéalité objective. Il ne se confond ni avec ce qu’il y a de donné factuellement dans les machines et dont les quatre causes sont les catégories correspondantes, ni avec de simples représentations psychologiques, historiques ou sociologiques des machines... La philosophie est l’apriori de tous les apriori, elle seule peut donner son extension – son intensité aussi – au technologique comme tel. Il faut traiter philosophiquement ce chaos sémantique des définitions et des usages et dégager par une variation opérée sur ceux-ci la régularité technologique a priori qui permet en retour de dénoncer en eux des effets locaux et abstraits de cet Apriori... Ces définitions sont en effet parcourues d’une tendance à se dépasser les unes dans les autres, à surmonter leurs limites, à se saturer afin de couvrir tous les phénomènes. Leur contenu réel et, de ce point de vue, celui des technologies, c’est bien l’inséparabilité de technè et de logos, quels que soient les partages de ceux-ci, leurs limites et les déplacements innombrables de ces limites... La Différence techno-logique précède ou conditionne et la technique et ses savoirs (interprétation, raison, science, terminologie)."

LARUELLE, 2020, NET

SCIENCE, Réel, Connaissance

"L’interprétation gréco-dominante de la science est philosophique. Cela veut dire qu’on la réduit soit ontologiquement (la science, mode du projet ontologique de l’objectivité) ; soit épistémologiquement (la science, prétendu fait donné et déjà constitué) ; soit technologiquement et sociologiquement (la science, effet de pouvoir-savoir, systèmes de relations techno-politiques puis sociales). Ce sont trois manières de décider que « la science ne pense pas »... Le cœur de cette réduction, c’est la thèse selon laquelle la science reposerait sur l’objectivation du réel... Pour la philosophie, il est fondamental de confondre circulairement, même si c’est à plus ou moins longue échéance et avec plus ou moins de délai ou de retard, le réel connu avec l’objectivation du réel ; le réel et sa connaissance ; l’objet réel et l’objet de connaissance. Au contraire, la science, dans son rapport au réel à connaître, ne procède pas par l’objectivation philosophique qui est toujours une extériorité ou une transcendance. Elle accède au réel à connaître par le moyen et sous la forme de données immanentes absolues... Elles seules expliquent le réalisme scientifique de fond, la distinction « duale » c’est-à-dire sans synthèse, la non-confusion, par la science, du réel et de l’objectivation... Il y a une « intentionnalité », si l’on peut dire, de la science, quant au réel, prétention éminemment transcendantale d’un accès direct qui ne passe pas par la médiation de la représentation. Il y aura bien entendu représentation scientifique du réel, mais elle découlera de celui-ci, elle ne le précédera pas ni ne constituera comme le croit et le veut la philosophie... La connaissance est un reflet du réel, mais un reflet qui ne le pose ni ne l’objective, reflet que l’on appelle non-thétique (du) réel et qui a son fondement non-synthétique ultime en celui-ci. La posture scientifique consiste à se « donner » une identité – sans identification et sans synthèse, non-objectivante – du réel et d’elle-même et, de là seulement, à le représenter sans prétendre le transformer dans cette opération. Cette identité – sans-identification préalable – ce que nous appelons l’Un en un sens non-philosophique, n’est rien d’autre que ces données absolument immanentes, réquisit et fondation de la représentation scientifique et de sa soumission au réel à connaître. De là ce qu’il faut appeler, par opposition à la course illimitée de la technologie, la finitude de fond de la science, une finitude essentielle qui lui interdit à jamais de faire sécession d’avec le réel à connaître, sinon avec la représentation de ce réel. La science ne peut être fondée et décrite rigoureusement que du point de vue de l’« Un » qui contient la réalité de cette science, son origine transcendantale. Nous pouvons passer ainsi directement des sciences à la science transcendantale qui est la théorie de la science en contournant la Décision philosophique pourtant prétendument « incontournable »… Quitte à prêter à malentendu, on dira donc que la science tient la place d’une infrastructure – réelle désormais plutôt que matérielle, et transcendantale plutôt que transcendante. L’infrastructure réelle, c’est la science. Mais pas plus que la science ne se réduit à de la matérialité, elle ne se réduit à ses moyens logico-théorico-expérimentaux. On évite à la fois un matérialisme effectivement « sans pensée » puisqu’il représente la dénégation d’une position philosophique, et un positivisme scientiste qui rabattrait l’essence de la science sur ses procédés locaux de représentation et qui confondrait ainsi l’objet réel avec sa représentation..."

LARUELLE, 2020, NET

TECHNOLOGIE, Philosophie, Interface

"L’affect du NET est le sentiment d’accélération et de complexification croissantes des processus sociaux en général et les effets « idéologiques » qui en dérivent... Il y a une plus grande extériorité ou altérité des effets ou des retombées dans une machine sophistiquée, un matériau nouveau, un découpage plus fin du temps, que dans l’outil simple... De là un mode de croissance multi-dimensionnel qui se propose d’intégrer dans toute nouvelle technologie, si fine soit-elle, le maximum de retombées hétérogènes. La grande loi ou l’impératif est : tout doit être possible, la seule règle est la combinaison maxima des dimensions et des possibles... Les technologies modernes, justement parce qu’elles mettent en jeu des micro-éléments techniques et physiques, produisent des effets de surface étendus. Elles sont performantes, excessives et sensationnelles... Que signifient l’« interface » et la « frontière » ? Le principe de l’interface est le suivant, c’est justement un principe de la raison ou du logos philosophique : entre deux machines ou deux systèmes, si éloignés soient-ils apparemment (ce peut même être deux institutions) on peut toujours introduire une nouvelle machine qui fera la connexion plus directe, plus immédiate, mais aussi plus dense et plus médiatisée, des premières entre elles, et formera ainsi un continuum technologique. La technologie a horreur du vide : elle se confond avec l’innovation elle-même, ce n’est pas seulement un moyen de l’innovation, mais celle-ci même. C’est là sans doute la description de phénomènes biens réels – du moins bien « objectifs ». Mais dans quelle mesure les théoriciens de la technologie, par exemple les philosophes, n’en rajoutent-ils pas sur ce pouvoir de connexion et de formation de systèmes partiels, sur cette possibilité d’innovation, jusqu’à en faire la seule essence de la technologie réelle ? Le NET est un argument supplémentaire à l’idée que l’homme est mort, que c’était une figure historique qui s’efface dans l’excès et la banalisation techniques. C’est peut-être sur ce point que devrait porter une critique radicale."

LARUELLE, 2020, NET

NET, Apriori, Philosophie

"Les définitions cumulatives des technologies sont des symptômes du NET... Nous devons les éviter et faire la théorie de cette indétermination que nous considérons comme positive au sens où un objet scientifique doit l’être... Elle tient non pas tant au fondement scientifique des technologies qu’à leur caractère justement techno-logique, à l’élément de logique philosophique immanente (de continuité, de croisement, d’unité, de sur-détermination, d’identification, etc.) qui traverse les techniques... C’est la tendance au « tout-technologie » en tant qu’elle est inscrite de manière immanente dans la production et le fonctionnement technologiques eux-mêmes... S’il fallait donner la différence spécifique des technologies modernes par rapport aux anciennes « techniques », et la différence spécifique du NET, on dirait que c’est la rencontre de la mathématique et d’un apriori technologique comme pulsion transversale, co-extensive au corps social et se greffant sur la mathématisation du réel... Ce que l’on appelle NET, ce n’est pas seulement la prétention de toute technique à devenir techno-logique et à s’étendre, se continuer, régner, etc., c’est au moins le fait que n’importe quel phénomène est animé par cette pulsion techno-logique (pulsion de la continuation plutôt que « loi de la continuité ») et que celle-ci donne lieu à une généralisation encore supplémentaire sous la forme d’une idéologie technologiste... L’Apriori technologique a donc la forme d’une non-séparabilité, d’un indécidable. D’une part c’est un objet philosophique et peut-être même le principal. D’autre part la techno-logie contemporaine – c’est ce qui la met en état de rivalité (imaginaire ?) avec la philosophie est l’usage scientifique de cet Apriori... Le NET est simplement la confusion de ces deux usages, scientifique et philosophique ou « tout-technologique », de l’Apriori (l’Indécidable). Confusion de son usage réel et de son usage philosophique, c’est-à-dire « idéologique », abstrait de ses conditions d’exercice scientifique et rapporté à soi-même dans un geste classique d’auto-position."

LARUELLE, 2020, NET

vendredi 3 août 2012

SCIENCE GENERIQUE > Quantique

L’invention n’existe que si l’on renonce à l’absolu du geste de l’auto-fondation, à l’image de ces philosophies qui s’auto-constituent circulairement pour exploser en plein vol ou au contraire implosent à force de s’auto-déconstruire. En particulier aucune fondation ou aucune tabula rasa ne peut faire l’impasse sur l’existence de la philosophie et sa nécessaire utilisation au moins au titre de matériau. Simplement cette gestation nouvelle sera sous la science comme on dit sous-X, c’est-à-dire nécessairement assistée par cette science la plus proche de l’immanence réelle qu’est la quantique. Le vrai geste socratique, aujourd’hui celui du non-philosophe, est la procréation assistée (par la science) de nouvelles idées philosophiques non-standard. La formule de la matrice générique est toujours : « l’unité de la science et de la philosophie sous la science ». Sans cette 2è application à la science (quantique), aucune pensée générique ne serait possible et l’on reviendrait à une méta-épistémologie ou à une méta-ontologie se contentant par exemple d’associer ontologie et mathématiques (Badiou). Or seule la quantique et non la mathématique (non-euclidienne) peut donner la formule de l’immanence radicale (parce qu’elle remet en cause toute présence suffisante) et donc assumer une critique de la philosophie. Pourtant il serait abusif de poser l’équivalence « quantique = ontologie générique », sur le modèle « ensemblisme = ontologie matérialiste », car d’une part la quantique subit elle-même une transformation du fait de sa traduction en langage philosophique et d’autre part le générique demeure irréductible à ses composantes quantiques et philosophiques.

QUANTIQUE > Philosophie

Une fusion de la science et de la philosophie n’a de réalité qui si elle revient en-dernière-instance à un phénomène ondulatoire de superposition. Pour cela deux opérations de traduction inversée doivent être combinées : d’abord une traduction philosophique de la quantique, puis la traduction quantique inverse de la philosophie, à ceci près que cette dernière opération est réaffirmée comme générique afin de traiter (« sous-quantique » ) la philosophie comme autant d’énoncés corpusculaires. Il ne s’agit donc pas d’une simple fusion revenant à une surinterprétation de la quantique, entièrement au bénéfice de la philosophie ; le redoublement spéculatif est évité grâce à une cohérence systémique spécifique induite du phénomène de superposition quantique. La sous-venue de la science enregistre le passage de l’idempotence algébrique à sa limite philosophique où elle verse dans le vécu en même temps que dans le générique. La quantique doit être élevée à la puissance « deux » pour que la philosophie soit ramenée, pour ainsi dire, à l’impuissance « deux ». En effet la ré-affirmation de la quantique et de son type d’immanence fait échec à la ré-affirmation transcendantale de la philosophie toujours prête à imposer sa transcendance.

SCIENCE GENERIQUE > Interdisciplinarité

La science quantique de la philosophie relève obligatoirement d’une théorie générique du quantique dont le but est de tenter l’unification du microscopique physique et du macroscopique philosophique comme forme du monde. Une science générique n’est pas une science d’objets mais avant tout une méthode interdisciplinaire et une mise en relation. Par exemple si la philosophie occupe le pôle objet pour une quantique elle-même épurée, elle sert inversement de langage ou de moyen herméneutique pour reformuler et préparer la quantique ; sous l’influence du générique, coordonnées et ramenées à leur base réelle ainsi qu’à ce qui leur sert de sujet, science et la philosophie deviennent co-extensives. Chacune des sources du dispositif non-standard fournit ses traits opératoires principaux : le nombre imaginaire et la qualité d’idempotence pour la quantique, le geste transcendantal provenant de la philosophie, enfin la dualité unilatérale qui est le noyau logique de la pensée générique. Etablir une quantique de la philosophie se justifie pour autant que celle-ci est partie prenante dans la modélisation générique (et non plus positive) de la quantique elle-même, d’abord en ceci qu’elle préserve l’existence d’un sujet. Le générique est un style de pensée ou un moyen d’inventer dans la pensée fondé sur un sujet humain en-dernière-instance.