LARUELLE, 2020, NET
Lexique des Termes Premiers utilisés par François Laruelle dans le cadre de la "Non-Philosophie" ou "Philosophie non-standard". Résumés ou extraits.
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jeudi 6 avril 2023
ÉTHOLOGIE, Éthique, Technologie
Aucune forme connue du champ occidental de l’éthique n’est encore capable de fournir une règle de vie, un critère ou un fondement de décision, le principe d’une légitimation de l’existence humaine lorsque celle-ci se développe en milieu technologique intense. Le problème de la « légitimation » commence à se poser lorsqu’il est trop tard et qu’il n’y a plus de critères de légitimation... L’effectivité de notre existence, c’est l’Ethologos qui la constitue, et les penseurs, trop chargés de leur souci de légitimer l’éthique, arrivent toujours trop tard par rapport à lui qui est toute la légitimation possible... L’histoire de l’éthique occidentale est donc celle de son nécessaire « déclin » dans l’Ethologos. Elle se déploie dans l’espace de la Différence onto-éthique ou étho-logique qui est le mode éthique de la Différence ontologique de l’Être et de l’étant. L’éthique n’ayant justement commencé que comme un mode particulier de la métaphysique, son déclin suit de celui de l’ontologie, son déploiement s’achève sous la forme de la fusion universelle de l’éthos et de l’éthique, de ceux-ci et du technologos, dans un étho-techno-logos qui est la condensation de toutes les formes historiques de l’éthique avec les conditions d’existence massivement réglées par la technologie... La Différence onto-éthique est simplement la corrélation de l’individu et de la règle... Le résultat est une tendance qui en noue deux autres en chacun de ses points. D’une part la ruine continue et sûre de la transcendance éthique qui vire à une éthologie généralisée, qui se fond dans les conditions universelles d’existence de l’homme moderne : les seules règles qui vaillent encore pour lui et qui puissent assurer son gouvernement sont toutes des règles justement complexes, où la charge éthique ancienne est indécidable, inséparable de déterminations d’autres types, et entre autres technologiques, l’étho-technologie enveloppant et l’éthique et la technologie au sens strict ou scientifico-industriel. D’autre part le produit de cette fusion qui est immanente à la Différence onto-éthique et son processus : l’individu moderne, tout conditionné par ces règles qui lui sont de plus en plus immanentes et qui lui donnent cette allure, cette existence de momie pénétrée de ses bandelettes comme on l’est de ses prothèses.
mardi 28 mars 2023
TRANSCENDANCE, Différence, Universel
La philosophie n’est pas une discipline scientifique, c’est toutefois une discipline objective. Si elle n’est pas scientifique, c’est parce qu’elle sort de la transcendance, mais il y a une objectivité de la transcendance. Elle a ses régularités, ses contraintes, ses lois d’essence et ses critères. La philosophie contemporaine, en particulier depuis Nietzsche et Heidegger, s’est donné un objet et une rigueur quasi-scientifiques : la recherche de l’essence formelle et réellement universelle, de la cause transcendantale des phénomènes – de leur a priori réellement universel. Sans doute la philosophie rationaliste a-t-elle toujours revendiqué l’universel. Mais c’était seulement des généralités, des essences empiriquement déterminées, régionalement localisées, qu’elle atteignait, même lorsqu’elle savait qu’il fallait distinguer entre le formel ou l’a priori et le général. L’universel véritable est sans doute le formel, ce n’est pas le général. Mais le formel n’est atteint pour lui-même, hors de ses mélanges avec l’empirique (l’exclusif) que lorsqu’il est aussi, paradoxalement, soustrait au « simplement » formel, c’est-à-dire à la sorte d’idéalité qui fait corps avec les déterminations empiriques ou exclusives, lorsqu’il devient et formel et informel. Il doit pour cela être déterminé non plus empiriquement ou ontiquement (essences logiques et mathématiques, lois physiques, formalité signifiante ; contenus sémantiques) mais par la seule « différence ». Qu’est-ce que les modernes appellent la « différence » ? Celle-ci n’a plus – tendanciellement du moins – de contenu empirique au sens d’identique à soi et donc d’exclusif, elle se définit – tendanciellement aussi par conséquent – par un trait syntaxique : un rapport (divisible) qui est en même temps un non-rapport (indivisible).Ce rapport qui est en même temps, simultanément, un non-rapport, cette transcendance finie qui est en même temps absolue, c’est cela que l’on appelle la « différence », c’est-à-dire le « même ». Le « même » se distingue tout à fait de l’être-présent, des essences et des faits, c’est l’a priori universel le plus radical que la philosophie ait élaboré.
LARUELLE, 2020, NET
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Objectivité,
Philosophie,
Rapport,
Transcendance,
Universel
mercredi 22 mars 2023
TECHNOLOGIE, Apriori, Différence
"Le pathos des « nouvelles technologies » risque toujours de bloquer la description du technologique comme tel sur un cas qui reste historiquement déterminé et théoriquement précaire. Il est nécessaire de posséder a priori le savoir du technologique... Nous savons a priori, d’un savoir qui est à sa manière lui aussi «technologique» mais qui n’en est pas moins pur pour cela, que le technologique est une interconnectivité généralisée et la possibilité de tous les « mixages » possibles. L’Apriori n’est pas plus opposé d’ailleurs qu’il n’est identique aux technologies supposées concrètes. La connexion ou la différence des « pièces » est l’Apriori de chacune de celles-ci telles qu’elles peuvent apparaître au sein des machines sous des formes alors identificatrices. On n’imagine pas que l’Apriori technologique est une tendance idéale et inaccessible. Une tendance, certainement : mais si « formelle » soit-elle, elle n’est pas vide et n’a pas à être approchée progressivement en ce sens-là. Plus exactement, plus subtilement peut-être, les « nouvelles technologies » ne sont pas plus et mieux technologiques que les précédentes, que les mécaniques par exemple, mais elles manifestent plus et mieux que le technologique a la nature d’un flux, et finalement aussi, d’ailleurs, celles d’une tendance malgré tout... Dégager un Apriori technologique est une tâche préliminaire mais fondamentale pour une dernière raison : son universalité, sa nature « différentiale » permettent d’opérer sans délai la critique des « philosophies de la technique » qui sont en général fondées sur le démembrement de cet Apriori, ou, c’est la même chose, sur sa confusion avec des états déterminés mais provisoires de la technique."
LARUELLE, 2020, NET
mardi 21 octobre 2008
HERESIE > Différence
La Différence reste le paradigme philosophique universel, soit comme inclusion disjonctive (chez les anciens) soit comme disjonction unitive (c'est le retrait, la différance ou le différend des modernes). Qu'elle soit fondée en raison ou bien réputée impossible, la décision comporte une unilatéralité seulement restreinte, laissant tôt ou tard le philosophe émerger en sauveur (et en catastrophe).
2002
2002
mardi 7 octobre 2008
ABSOLU > Différence
Ce que Heidegger appelle le "transcender absolu" de l'Etre est le devenir-absolu de la Différence, sa transcendance dégagée de tout rapport à l'étant ou à la présence. La Différence absolue est la relativité même, l'essence du retrait ou de la transcendance.
C'est dire qu'un tel Absolu reste relatif à l'Etre qu'il néantise, sans parvenir à (être) un "soi" mais seulement une relativité à soi, ni un "immédiat" mais plutôt une immédiation interminable de l'immédiat et de la médiation...
Dès lors l'Absolu reste l'"instrument" du dévoilement de l'étant par l'Etre. Toute phénoménalité autre que celle de l'étant (transcendante et relative par définition) est ignorée par Heidegger.
D'où la tentative vouée à l'échec de penser un Absolu fini originairement : la Finitude absolue, également liée à la transcendance de l'étant et à son essence foncièrement médiate. Finitude de type kantienne, extrinsèque et jamais intrinsèque, mais qui ne prétend pas moins à l'Absolu !
C'est dire qu'un tel Absolu reste relatif à l'Etre qu'il néantise, sans parvenir à (être) un "soi" mais seulement une relativité à soi, ni un "immédiat" mais plutôt une immédiation interminable de l'immédiat et de la médiation...
Dès lors l'Absolu reste l'"instrument" du dévoilement de l'étant par l'Etre. Toute phénoménalité autre que celle de l'étant (transcendante et relative par définition) est ignorée par Heidegger.
D'où la tentative vouée à l'échec de penser un Absolu fini originairement : la Finitude absolue, également liée à la transcendance de l'étant et à son essence foncièrement médiate. Finitude de type kantienne, extrinsèque et jamais intrinsèque, mais qui ne prétend pas moins à l'Absolu !
1987
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