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mardi 11 juillet 2023

CHRIST, Philosophie, Oraxiome

Nous ne thématisons pas ni n’élucidons le sens supposé caché de ses paroles, si ce n’est pour mettre à découvert théorique ce qui est à peine implicite et déjà offert aux simples. Nous dégageons sous la forme d’axiomes subjectifs ou de vécus oraxiomatiques (axiomes de-dernière-instance) la cohérence non-philosophique des logia populaires si facilement capturés par la philosophie qui aime prendre en charge les paroles populaires et les « relever ». Avec ces paroles simples et non philosophiques, Jésus se fait Christ sans avoir besoin de la dialectique paulinienne, il exprime son « identification » à cette sortie hors du religieux, celle du Christ « en » lui-même. Que pourrait vouloir dire « philosopher en Christ » si ce n’est pas lui la condition qui détermine ses propres paroles et les soustrait autant au judaïsme qu’à la pensée grecque ? Il est cause scientifique-immanente, cause générique du sens kérygmatique de ses paroles, tout le reste relève de sa christianisation après coup...
La Croix est un secret scellé, accompli en la personne du Christ, accessible aux Simples qui sont le savoir indocte, refusé à la suffisance des théologiens et des philosophes qui, eux, savent avec assurance qu’ils ne savent rien, au lieu de ne pas savoir ce qu’ils savent.

LARUELLE, CF, 2014

ORAXIOME, Kérygme, Science

Polythéisme et monothéisme, Logos et Torah ont contribué chacun à former quelque chose comme l’« esprit scientifique ». Pour cette cause, le Logos n’a plus besoin d’avocat, de son côté la Torah en inventant le juif d’étude a longé la science moderne ou l’a croisée sans y pénétrer aussi clairement. Le Très-Hautre est un masque pour une science qui ne demandait qu’à se manifester, il doit se faire science, c’est le côté scientifique de la Loi qu’un juif ne peut guère refuser. Ce que toute science doit au judaïsme, c’est la Loi comme constante, la Loi comme texte, la Loi comme obéissance, à eux trois presque tout le milieu d’existence du scientifique. Malgré sa conjugaison historique avec le Logos, la science de Dieu ne peut être la théologie qui fait cercle vicieux avec son objet et ne remplit pas les conditions nécessaires autres que celles de la « science philosophique » qui relève d’une apparence. Mais la théologie nous sert de matériau, Dieu de ce point de vue est l’ensemble des discours sur lui, sur sa puissance, sa création, son plan de salut, son sacrifice, son incompréhensibilité diversifiée selon les théologies. Dieu comme objet de science, c’est l’ensemble des religions comme champ expérimental de ses propriétés... 
La science chrétienne se dit par des oraxiomes qui utilisent des concepts en les requalifiant comme termes premiers par suspens justement ou neutralisation de leur sens philosophique, donc en répétant l’opération christique au plan du verbe, un ensemble d’énoncés oraxiomatiques mais immanents, se déployant infiniment comme les phases d’un flux. Ils se défont de la théologie, positive ou négative, ce sont des phases génériques de messianité, des « fonctions d’onde » messianiques... C’est ainsi que le kérygme du Christ tel qu’il se donne dans ses affirmations et exhortations (...) est fait d’états de langage superposés, identifiables de manière seulement apparente dans leur origine, et qu’il peut être envoyé dans un système d’interprétation ou un dispositif d’expérimentation de type quantique, sur le modèle de l’expérience dite des « deux fentes ». À sa sortie il peut se lire soit en immanence de type grec soit en transcendance judaïque selon l’appareil de mesure ou de sortie choisi (les Églises), qui peut faire apparaître l’un ou l’autre. De là l’historien ou l’exégète définira un Christ plutôt juif ou un Christ plutôt grec selon le dispositif choisi c’est-à-dire selon les critères de l’interprète... Le kérygme du Christ certes indivisible n’est pas partagé entre des origines grecques ou bien juives, mais distribué sur l’ensemble du dispositif qui comprend l’émetteur et le sujet récepteur, il porte ainsi toujours la marque de la finitude de l’appareillage... Le kérygme est le sens complexe, indéterminé ou « fictionnal » du message, ce qui est vectorial en lui. S’il y a un problème d’interprétation il faut savoir qu’il se développe dans une apparence objective qui est religieuse-philosophique. Le kérygme est vectorial générique, il sous-vient radicalement immanent ou abandonne la double transcendance depuis le « quart de tour » algébrique comme ouverture messianique immanente.

LARUELLE, 2014, CF

MESSIANITÉ, Superposition, Non-commutativité

Nous appelons aussi les sujets messianiques ou les fidèles des « Idemsachants », terme de circonstance qui pourrait valoir des gnostiques. Ils ont d’abord le savoir de la superposition idempotente et de la non-commutativité en général, des deux principes de la pensée quantique qui règlent les rapports entre les paroles du Christ en leur immanence et les énoncés transcendants de la théologie. Ils permettent d’obtenir les oraxiomes qui décrivent et constituent la science christique, qui la « préparent », comme diraient les physiciens à propos de l’expérience de la mesure. 1. Il faut « superposer », au sens quantique de ce mot, d’une part les logia, tous les énoncés sur la Loi et son accomplissement, sur les rapports du Père et du Fils, les innombrables formules de Jésus sur la vie et les vivants, et d’autre part la théologie gréco-judaïque qui en est une interprétation transcendante. L’« addition » de la messianité des paroles christiques et de la théologie doit redonner, à travers le matériau théologique transformé ou axiomatisé, ayant perdu sa portée théologique suffisante, la force messianique des paroles christiques. Le discours théologique est transformé, sa structure philosophique interne pliée au principe d’idempotence...
Pourquoi n’est-ce pas une simple imitation réciproque et spéculaire, une transformation simultanée, pourquoi le Christ fait loi et dans cette opération reste le Même sans se laisser affecter par le discours théologique, pourquoi y a-t-il transformation de la parole judéo-grecque divisée pour être rendue adéquate à la personne du Christ ? Un autre principe accompagne, nous le savons, celui de superposition, lui donne son sens et ses limites, l’explicite dans ses conséquences, assure son être-forclos ou sa défense a priori, c’est celui de la non-commutabilité du Christ et de la philosophie. Il n’y a pas de commutativité entre les paroles du Christ et la théologie judéo-grecque, entre Christ et la philosophie, la croyance et la connaissance de la foi. Il faut comprendre les paroles du Christ de telle sorte qu’il n’y ait pas de réversibilité entre leur effet et la théologie judéo-grecque qui y est suturée. Le « retour » du Christ même sous la forme de son intelligence théologique, car la philosophie ne demande pas autre chose que le cercle, fût-il infini, du réel et du langage, est impossible...
Le discours théologique est apparence objective, le discours oraxiomatique que nous en tirons par superposition est également sans prise sur le réel christique mais il est sous-déterminé par lui... Notre science peut donc être dite une christo-fiction rigoureuse, elle n’est plus imaginaire comme le matériau avec lequel elle est faite.

LARUELLE, CF, 2014

ORAXIOME, Messianité, Onde

Nous savons pratiquement, que pour cette science, il faut 1. en-avant-priorité une forme non pas logico-aristotélicienne mais algébrique et déterminante, l’idempotence et le nombre imaginaire, 2. une matérialité vécue (substance matériale de la messianité et de la foi), 3. également une forme logique puisqu’elle implique de la philosophie, 4. une forme axiomatique puisqu’elle implique une science rigoureuse dans ses moyens. Ces divers aspects sont entrelacés de manière indivisible dans ses énoncés que nous avons désignés en général comme axiomes vécus ou oraxiomes, qui sont des dires fidèles, les « axiomes fidèles » de la messianité. En-dernière-instance ils expriment la messianité en recourant au langage théologico-philosophique qu’ils transforment. Chacun de ces oraxiomes est un quantum générique d’expression ou d’énonciation, non pas une entité conceptuelle ou discursive, un atome de sens transcendant, mais un quantum à la fois discret et indivisible de messianité. C’est à la fois une pulsion, la poussée d’un cri, la clameur de la foi, la jaculation d’un mystique... L’ondulatoire désigne ici un schème ou une forme qui n’est pas nécessairement un phénomène visible d’écoulement sonore ou liquide des concepts, encore que la parole soit un tel phénomène d’écoulement et de ruissellement surtout si l’on modifie ou fait varier ses vitesses d’écoulement physique comme le savent les mystiques et les prêtres ritualistes. La marque phénoménale de l’ondulatoire comme schème tolérant la superposition est surtout l’interférence des sens ou des concepts. Il s’agit de projeter ou de faire usage des noyaux conceptuels, surtout théoriques puisqu’il s’agit de la théologie, tels qu’on les fasse se superposer comme des vecteurs, interférer et ainsi créer de nouveaux blocs de sens illocalisables ou indiscernables. L’interférence est surtout celle des syntagmes ou des corpuscules de signification que sont les énoncés... Il ne s’agit plus de parler conceptuellement de manière atomiste de la messianité mais de manière « ondulatoire », par ondes configurant des concepts. Étant donné leur racine ou leur source avant-première qui est l’idempotence, ce sont des « oraxiomes », des axiomes générés comme les oracles de cette pythie algébrique qu’est la messianité... Énoncé idemsachant, à la fois vécu et générique, l’oraxiome est l’indivisible duel, le quantum générique de formulation dont aucun ego n’est le titulaire, aucun « je », à la rigueur un « nous », comme un quantum d’expression ou de formulation unilatérale qui met un terme à l’axiomatique encore atomiste de la mathématique ou de la philosophie... Dans cette perspective, les logia de Jésus c’est-à-dire les recueils de paroles pour les pauvres, doivent être compris comme des formules vides de la suffisance du Logos, qui expriment une « impuissance » du gréco-judaïque, comme des quanta duels (ou binaires-indivisibles) et en ce sens comme des formulations apocryphes au sens où elle sont tenues secrètes en-Christ et non-authentifiées par la Synagogue, l’Académie, et l’Église qui d’une certaine manière les réunit.

LARUELLE, 2024, CF

jeudi 18 mai 2023

EN-CHRIST, Parole, Oraxiome

Entre le Jésus évangélico-mondain et le Christ comme type de la posture chrétienne, il y a le corpus des paroles fondamentales que tient en principe le premier. Or Jésus lui-même a démontré dans la résurrection le sens exact de sa posture et il est donc l’inventeur non seulement spontané de cette posture mais son théoricien... Nous travaillons certes avec des concepts, impossible de faire autrement, mais au service d’une tout autre pensée de type scientifique... Ainsi nous ne thématisons pas ni n’interprétons le sens supposé caché de ses paroles, si ce n’est pour découvrir ce qui y est simplement implicite, en vue de nous fournir en matériau, car le Christ dit tout clairement avec une évidence qui n’est pas celle des savants mais celle des simples (ceux que nous appellerons les « Idemsachants »)... A fortiori nous le lisons contre tout fondamentalisme, philosophique ou évangélique. Nous dégageons sous la forme d’axiomes subjectifs ou de vécus axiomatiques (« oraxiomatiques ») la cohérence non-philosophique des logia si facilement capturés par la philosophie qui aime prendre en charge les paroles populaires des simples afin de les « relever ». Avec ces paroles simples et non philosophiques, Jésus se fait Christ sans avoir besoin de la dialectique paulinienne, il exprime son identification à cette sortie hors du religieux, celle du Christ « en » lui-même... Pourtant le Christ est un événement de pensée « réel », il détermine et transforme en son objet de la pensée reçue, il « accomplit » les discours religieux... C’est une contingence historique mais lourde que l’immanence du rapport crucial de l’homme et du monde ait été reformulée par le Logos et la Torah, par la Philosophie et la Loi, que son message ait donné lieu à une religion nouvelle qui maintenant le recouvre et le dissimule.

LARUELLE, 2014, CF

mardi 2 décembre 2008

ORAXIOME > Futur

L'axiome transcendantal non-philosophique est un être-parlé, une Réponse-en-personne sans question ; pareillement l'oracle est une réponse réelle, immanente de l'Homme par l'Homme ; on peut donc parler d'un "oraxiome" négatif, une parole première de l'Homme qui n'annonce rien d'autre sinon que l'annonce est nécessaire.

De même que l'axiome est une hypothèse sans-déduction, vide formellement par son type d'abstraction spécifique, l'oracle est vide de tout questionnement comme de toute décision - le vide étant ici celui de la radicalité et de la non-détermination par le contenu logique ou empirique.

Le Futur parle dans l'axiome qui est hypothèse de théorèmes, comme il parle dans l'oracle qui l'annonce. Mais l'axiome est séparé comme un présupposé non-consistant, alors que l'oracle est toujours engagé dans une interprétation : la non-philosophie est l'identité de-dernière-instance de ces deux aspects.

2004