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mardi 9 décembre 2008

PHILOSOPHABILITE > Cogito

La philosophie est ce qui opère le passage des doctrines ou des savoirs particuliers à la philosophabilité universelle du Monde. Elle possède une structure cogitative universelle, c'est-à-dire qu'elle réduit aussi bien toute tentative de métalangage : elle est toujours la mieux placée pour parler d'elle-même, elle parle toujours en premier et en dernier, même (d'autant plus) lorsqu'elle accorde la parole aux autres discours : elle est auto(/hétéro)-décisionnelle. Le "cogito" n'est qu'une forme réduite de cette subjectivité universelle de la philosophie.
Elle est auto-spéculaire et pas seulement spéculative (posant un objet à refléter), mais elle est mondaine (c'est la forme-Monde) et pas seulement idéale ou abstraite.

2004

mardi 21 octobre 2008

EGO > Cogito

Confondant sa réalité avec la possibilité et son identité avec la réflexivité, la philosophie ne saisit pas l'essence de l'Ego tel qu'Ego.
La critique réelle de la réalité philosophique du cogito porte sur le côté de la pensée (cogitatio) comme sur celui de l'être (esse), et de ce dernier point de vue, il faut encore distinguer la fonction d'essence simple qu'endosse le cogito de sa fonction finale de substance (res cogitans).
La première critique philosophique de cette prétention ontologique du cogito est menée par Kant (suivi de Nietzsche), rappelant que ce "je pense" n'est qu'une assertion transcendantale vide de tout concept et d'objet.
La deuxième est celle de Heidegger qui interroge la réalité de l'Ego à partir du sum, et plus précisément en fonction du sens d'être de l'Etre. Heidegger n'y décèle que le sens historialement sédimenté et non élucidé de la substantia (analyse démentie par Marion au nom de la "déduction égologique de la substance" chez Descartes).
Plus radicalement, on peut douter que la pensée philosophique s'achève (ou se révèle finalement) avec cette question de l'essence de l'Etre, du sens d'être de l'Etre comme réel et le réel comme possibilisation de la possibilité. Une non-philosophie interrogera justement cette supposée teneur en réel du sens d'être de l'Etre et la supposée rigueur démonstrative permettant d'exposer le cogito autant que ses critiques. Ou plutôt elle se donnera le réel comme étant non supposable et non déductible, un donné-sans-donation ni possibilisation ; avec elle, le réel n'est plus présupposé comme objet du questionnement mais déjà-donné (dès qu'il y a questionnement...) comme sa condition ou sa cause de-dernière-instance.
Au fond les critiques du cogito enregistrent et valident celui-ci comme commencement philosophique de l'Ego, alors que la non-philosophie va rendre possible la philosophie de l'Ego à partir de l'Ego et en-lui. Un commencement n'est jamais suffisamment radical lorsqu'il se ramène à la primauté et à la priorité d'un principe transcendant, lequel n'a rien à voir avec l'Ego réel. Mais la radicalité non-philosophique n'est pas obtenue davantage par le passage à la limite de la transcendance vers l'immanence.
La critique réelle de l'identité philosophique du cogito ramène celle-ci à un pur présupposé, même quand elle est déduite après la détermination de ses attributs essentiels que sont la pensée et l'être, et qui font d'elle justement une identité divisée (puis rassemblée).
La philosophie de l'Ego divise celui-ci en le débordant constitutivement. Or cette part active du geste philosophique (le penser) s'excepte toujours du résultat produit ou pensé : même la prétendue performativité du cogito (dont la formule complète est censée nommer l'Ego) s'en trouve hypothéquée et comme confisquée par la philosophie, sous les traits de la pensée ou du langage (y compris dans la formule des Méditations : ego sum, ego existo, où la pensée-philosophie semble jouer sur une Autre scène). Toujours la réflexion, la division du sujet en énoncé et énonciation, profite à la philosophie qui n'identifie le sujet qu'en le représentant. Le "cogito" est bien le résultat de l'amphibologie de l'Ego et de la philosophie.
L'Ego-d'Ego redoublé par la philosophie doit être maintenant ramené en-Ego dans son immanence radicale (donnée par définition première), et sa sur-détermination par le monde où par l'existence doit faire place à son être radicalement déterminé ; d'autant que la philosophie, tout en le divisant et en l'évitant de mille façons, ne fait pas autre chose que le supposer donné depuis ce déjà donné réel.
Eu égard à l'identité réelle de l'Ego, l'identité de l'être et de la pensée en non-philosophie sera dite transcendantale et même première mais, à ce titre déjà, dérivée de l'Ego et hors de lui. Elle formera une dualité unilatérale spécifique, induite et déduite à partir de l'Ego réel, et non "abstraite" à partir de l'expérience comme n'importe quelle entité philosophique. Elle ne sera pas visée ou constituée comme identité transcendantale (de l'objet et du sujet comme sujet...), mais obtenue par clonage à partir d'une part de l'identité réelle et d'autre part du donné philosophique.

1996

samedi 11 octobre 2008

COGITO > Ego

Les critiques philosophiques du cogito ne font que reprendre, en la déplaçant et en l'allégeant métaphysiquement, l'amphibologie qui constitue sa matrice initiale. Enumérons cinq niveaux dans l'énoncé du cogito pouvant être considérés comme autant de phases de son auto-critique.
1° Le stade classiquement cartésien de l'énoncé lui-même, valant comme résultat mais aussi critique d'un cogito déjà énoncé dans l'histoire (St Augustin).
2° Le stade de l'acte effectif de penser : l'acte comme transsubstantiation idéelle ou formelle de la substance matérielle (Aristote, et même Descartes, interprété comme auto-position du Moi notamment par Fichte.
3° Le stade de l'énonciation, ou le langage dans lequel se formule le cogito pris comme point de vue : analyse lacanienne et déconstruction du cogito comme divisé (par le signifiant) ou disséminé ("sauf le nom").
4° Le stade du langage comme force et vecteur de la volonté de puissance selon Nietzsche, lequel démonte la croyance métaphysique en "l'existence" : que "ça" pense n'implique pas qu'une "chose" pensante ou un sujet existant pense, etc. (simple effet de langage selon Nietzsche, qui nous fait passer de l'acte au sujet).
5° Le stade du cogito assimilé à l'Ego comme vécu immanent ou auto-affection, chez Michel Henry notamment : première tentative, encore semi-philosophique, de préserver l'Ego du sujet réflexif ou disséminant.
La solution précédente demeure amphibologique car la distinction de l'Ego et du sujet, loin d'être unilatérale, s'effectue à l'aune d'une intuition de pensée thématisant encore l'Ego comme un quasi-objet. En non-philosophie, au contraire, c'est l'Ego qui détermine unilatéralement la pensée.
Les quatre premières interprétations du cogito accordent nettement une primauté au "sujet" qu'elles n'ont de cesse d'analyser et d'objectiver, tandis que la dernière vise désespérément l'Ego dans le cogito sur le mode d'une auto-donation, qui tend cependant à oublier le sujet, ou à écraser (encore unitairement) celui-ci par celui-là, faute d'une pensée-en-Un permettant de l'unilatéraliser sans "danger".
Pour résoudre l'amphibologie de l'Ego/sujet, l'Ego ne doit plus être pensé comme auto-donation mais précisément comme un donné-sans-donation, donc un Ego-sans-sujet ; de son côté le sujet doit être théorisé, sur un mode scientifique-transcendantal, comme un sujet-en-Ego sur la base d'une identité-sans-mélange.

1996

COGITO > Décision

L'élaboration cartésienne et post-cartésienne du sujet, condensée dans le "cogito", se donne en réalité trois termes - ego, cogitatio, esse - plus ou moins interchangeables dans le cadre d'une structure unique : la Décision philosophique.
Le premier élément de la Décision est formé par la dyade du "cogito", soit la liaison nécessaire de la pensée et de l'être (au profit de la pensée, dans le contexte "moderne"). Ce qui peut apparaître une liaison "contre nature" devient évidence à l'aune de la Décision philosophique, dont la fonction première est d'opposer et d'attirer les contraires.
Le second élément est l'Un en tant que synthèse de la dyade, c'est-à-dire l'Ego maintenant posé comme troisième terme. Etant d'abord reliée à la pensée, son essence (divisée) n'est rien d'autre que la fameuse autoréflexivité (je sens bien que je sens, etc.) en guise de pseudo Un.
Le troisième élément est formé par la mise en mouvement et l'unification des deux précédents (Dyade + Un) par la philosophie elle-même, la philosophie du sujet qui doit se penser et exister elle-même, etc. Les trois termes "ego, cogitatio, esse" sont agencés/interprétés selon une axiomatique à la fois égologique et ontologique qui laisse certes une sorte de primauté (métaphysique) à l'Ego, mais non par une axiomatique transcendantale-pure (identiquement philosophique et scientifique) qui ferait d'eux des termes réellement premiers.

1996