LARUELLE, CF, 2014
Lexique des Termes Premiers utilisés par François Laruelle dans le cadre de la "Non-Philosophie" ou "Philosophie non-standard". Résumés ou extraits.
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mercredi 19 juillet 2023
FIDÉLITÉ, Christ, Ultimatum
Pourquoi l’égalité du Christ et des fidèles dans la messianité ou dans la foi n’est-elle pas un être-commun général ? Le principe de non-commutativité nous oblige à les distinguer et à nommer le Christ en sa science autrement que « simplement » fidèle. Il est le fidèle de-dernière-instance, ou l’avant-premier fidèle. Et tout fidèle, s’il suit le Christ, d’une part n’est plus quelconque, mais s’éprouve comme communauté et corps générique – c’est la posture de la foi libérée de la hiérarchie consubstantielle à l’ecclésio-centrisme, aux Églises et aux sectes – et d’autre part mérite d’être nommé lui aussi fidèle de-dernière-instance. Pour le dire encore autrement, Christ et le fidèle sont un ultimatum posé comme ultimation de la foi ou comme fidèles-en-lutte. Ultimatum qui est le contenu du nouveau kérygme comme annonce faite au monde d’une « stérilisation » par fidélité des grandes cités spirituelles, l’entêtée Jérusalem, la transcendantale Athènes, la mystique Byzance et la catholique Rome qui les ré-unit. Le fidèle eschatologique vaut messie, n’importe quelle parole fidèle est un ultimatum apposé aux portes des Églises.
DIEU, Christ, Sujet
Comment contracte-t-on une dualité philosophique quelconque ou théologique comme celle de Dieu et de l’homme, comme le doublet théo-christo-logique si on ne la contracte pas ponctuellement comme mort de Dieu ou mort du sujet ? Le retrait de Dieu ou sa mort est un redoublement subreptice par invagination de la transcendance extatique. Le Christ est la superposition de Dieu et du sujet, son œuvre immanente est de les « additionner » de manière idempotente en sa personne de telle sorte que leur distinction, leur discernement et leur individuation deviennent impossibles. La superposition n’est évidemment pas une identification totale et imaginaire de Dieu et du sujet se mirant l’un dans l’autre, identification qui est au fondement de la mystique et de l’idéalisme philosophiques dits « allemands ». Elle procède autrement, sans spécularité ni spéculation. Elle réduit le premier à l’état de flux vectorial d’immanence évanouissante, disparaissant de l’horizon de la transcendance, et le second à l’état de sujet agi par le flux messianique. En Christ, Dieu et le sujet ont le même vécu duel, un seul vécu-pour-deux qu’ils partagent sans le diviser.
LARUELLE, CF, 2014
MESSIE, Christ, Retour
La question n’est pas, que dois-je attendre de la venue ou du retour du Christ comme d’un envoyé providentiel, comment l’attendre et quand viendra-t-il, que puis-je espérer, moi homme mondain ? Ces questions sont de croyance, philosophiques et désespérées, une réponse et même une telle question sont ici la destruction immédiate de la messianité... En revanche il est toujours possible de formuler des oraxiomes sur le non-être de la messianité à laquelle nous participons, sur son inexistence et son secret puisque le secret est oraxiomatiquement formulable, quoique forclos à la théologie. C’est pourquoi nous disons qu’il sous-vient comme générique plutôt qu’il ne le de-vient philosophement, plutôt qu’il ne sur-vient comme un héros ou un « sauveur » et plutôt aussi qu’il n’intervient comme une « providence » dans le cours du monde. Nous non plus, car il s’agit en réalité de nous, « chrétiens », nous n’avons pas à le devenir ni à l’être au sens substantiel ou bien subjectif de ces philosophèmes, comme on est ou devient philosophe. Nous avons à sous-venir comme ce que nous sommes, des fidèles qui peuvent être parfois des « sans-religion »... Par sa messianité la science-en-Christ ne cesse de sous-venir d’une incessance de venue, c’est sa forme d’actualité et d’éternité. Il n’y a pas de « retour » du Christ, encore moins un éternel retour, mais une éternité de sous-venue qui se suffit, qui n’est pas une attente judaïque vide et passionnée.
LARUELLE, 2014, CF
SUJET, Générique, Christ
Entre la science comme Christ et la philosophie, entre le flux de la messianité et l’individu qu’elle sous-tire à l’enfer du monde et transforme en fidèle, le « sujet » est une notion ambiguë qui a plusieurs aspects ou passe par plusieurs phases. Récapitulons. D’une part il y a le Christ avant-premier comme science-sujet générique ou Dernière Instance, c’est la superposition de la condition algébrique minimale, l’idempotence, et du vécu qu’elle neutralise. Ce vécu est d’origine doxique quelconque mais, devenu générique ou non-égologique, non-individuel, il est passé à l’état de messianité immanente. Sa forme générique exclut la forme-conscience ou la forme-ego qui sont rejetées comme représentations mondaines ou contraires à la nature ondulatoire de la messianité. Il y a donc un vécu générique du Christ comme science, le Christ n’est pas un individu singulier du monde ni une entité ontologique, son universalité qui prend en charge les humains est d’une autre nature que celle de la philosophie qui « prend en souci l’étant en entier ». Mais il peut toujours être confondu par la philosophie elle-même avec le sujet transcendant de celle-ci. La philosophie a tout intérêt à confondre les deux états, messianique et philosophique, générique et général, sous le nom de « sujet » et de là à lui identifier l’homme en général ou l’humanité abstraite... D’autre part, à l’autre extrémité, celle du monde, il y a justement le sujet philosophique mondain qui se croit en soi ou se veut « suffisant ». Mais sa fonction ou son usage sont désormais complexes. À la philo-théo-logie et à leurs divers sujets, la science-en-Christ accède de droit et lève toute suffisance, fait tomber en-immanence ou en-messianité toute transcendance... On appelle aussi « occasionnelle » cette variable libre de la fonction messianique et qui joue le rôle de symptôme. Mais entre ces deux « sujets », l’un comme Christ pleinement générique, ou messianité, l’autre simple occasion du salut générique, il y a le sujet fidèle configuré par la messianité, le messie qui hante le monde. Ce sujet est ce qui est transformé du symptôme par l’immanence messianique, c’est le sujet fidèle ou en-lutte contre les croyances du monde... Il est celui qui est sauvé et qui donc peut être à nouveau happé par le monde et son attraction. Le salut ne peut pas être un acte absolu ou « religieux », sans prémisses, comme prétend l’être la création ex nihilo. C’est bien une grâce mais nous distinguons entre une grâce absolue, autoritaire et tissée dans les présupposés gréco-judaïques, et une grâce radicale qui prend les humains à leur racine vectoriale. Comment pourrions-nous être « sauvés » si nous ne l’étions pas déjà sans le savoir, ou sans être ce savoir du salut qui ne se connaît pas encore actuellement ? Si la messianité possède un certain agir, c’est de sauver les humains et d’en faire des messies... La damnation est de croire que rien ne peut nous sauver parce que nous ne savons comment, par quels moyens et par qui nous le sommes. Nous sommes l’épreuve du salut dont nous ignorons presque tout. Pourtant nous avons le sentiment d’avoir été sauvés malgré notre ignorance longtemps maintenue des moyens nécessaires pour l’avoir été. « Dieu fait homme » ou « l’homme fait messie » ?
LARUELLE, CF, 2014
mardi 18 juillet 2023
ASCENSION, Dieu, Christ
L'ascender vectorial a pour effet d’abaisser d’une toute nouvelle manière et définitivement la transcendance, la réduisant à une forme simple ou particulaire. L’Ascension est donc aussi abaissement de la divinité que la théologie supposait absolue du Christ. Elle donne son sens à la Croix, la rend nécessaire comme abaissement de Dieu, l’Ascension du Christ ne supprime pas la dimension divine du Christ qui se substituerait à Dieu ou lui emprunterait sa place, mais elle abaisse cette dimension ou la soustrait à son image spéculaire, détruit donc le doublet théo-christo-logique. Le Christ est complémentarité unilatérale de l’ascendance messianique et de l’abaissement de la croyance qui assiège la foi des fidèles. L’Ascension est l’amplitude christique de la pensée, non un événement extérieur et merveilleux. Il n’y a pas de dialectique de l’Ascension et de l’Abaissement mais un ascender pour ne plus transcender indéfiniment... Dans la perspective quantique, l’Ascension est la superposition du Père et du Fils comme entités complexes ou vectoriales, plus exactement la superposition du Fils comme vecteur du quart de tour et du Père réduit au Fils, à ce qu’il reste de divin dans le Ressuscité c’est-à-dire à la messianité générique. Comment, dit vulgairement, le Fils n’engendrerait-il pas le Père ? Ou plus scientifiquement, comment la communauté générique des Enfants ne serait-elle pas la déduction immanente de la vie du Père ?
LARUELLE, 2014, CF
CROIX, Ascension, Sacrifice
Le déterminisme historique de la théologie doit être mis en question. Il transforme le sacrifice du Christ en « cause première » du christianisme d’Église... Autre chose pourtant, un événement inouï a dû se produire virtuellement ou est en cours de sous-venue, la résurrection du Christ et son ascension, une nouvelle amplitude de l’histoire. Descente au tombeau, Résurrection et Ascension ne peuvent être que les phases d’un même événement et devraient pouvoir se lire, mais ils ne se liront justement pas, à même le vide du tombeau. Si la Croix se comprend sur le modèle de ce qui se passe dans une matrice générique, elle est plus complexe que le rite d’un ensevelissement et ne relève pas de la logique de séquences temporelles isolées ou reliées par l’imaginaire d’un « sens » qui serait finalement aux mains de Dieu... Le tombeau vide est une enceinte expérimentale qui appartient à la Croix c’est-à-dire au processus de la Résurrection, pas un fondement, elle fait partie des axiomes du programme qu’est la sous-venue du Christ vivant, si ce n’est que le christianisme s’est empressé de morceler cette venue et de la plaquer sur le « bon sens » d’une histoire à raconter aux croyants. La Résurrection elle-même est menacée si on la prend comme événement historique. Son isolation des autres moments, son institutionnalisation comme dogme fondamental et fondateur de la foi risque d’inverser sa futuralité et de reléguer l’Ascension au rang d’effet terminal et de conséquence, comme la résultante d’un processus, et de la transformer en objet de croyance fantastique. De notre point de vue, l’Ascension qui est souvent passée sous silence ou moins accentuée, comme un effet qui suit de la Résurrection, est avec celle-ci l’opération plus que fondamentale – avant-première – qui sous-détermine le sacrifice et la nuit obscure du Tombeau.
LARUELLE, CF, 2014
CHRIST, Croix, Christianisme
La folie de la Croix est le cœur du christianisme surtout occidental, c’est l’interprétation de Paul, d’un juif converti et qui la reçoit comme le paradoxe de deux langages inconciliables qui semblent appeler une dialectique... Le mélange de la Loi et du Logos sous l’autorité de l’un ou bien de l’autre est assumé finalement par le Logos et ne va plus cesser de retentir en lui et de le troubler... Le Christ, lui, n’a pas à se convertir, pas plus qu’à être circoncis, il n’est donc pas sûr que son mystère réel se réduise à la complexité ontologique et symbolique ou idiomatique de la Croix... Le Christ peut-être ne se contente pas d’« accomplir » la Loi, mais procède autrement et se défait du cadre onto-théo-logique ancien. Quelque chose comme une « mort de Dieu » plus profonde que sa mort « morale » et « moderne » devient possible. Ne faudrait-il pas dire dans un esprit gnostique que Christ est venu « accomplir » Dieu lui-même en le soustrayant à son cadre gréco-judaïque ? que la Résurrection est le vrai sens de la mort de Dieu et que le Crucifiement, cette obsession morbide de l’Église, a été surexploité au profit de Dieu et de son autorité accusatrice et pour le bénéfice de l’Église ? En revanche, si nous soutenons que la voie de la messianité seule réelle a été renversée et théâtralisée par le christianisme historique, la charge nous reviendra de donner une autre interprétation « ontologique » et « symbolique » de la Croix en fonction de la Résurrection. Si la « conversion » comme acte du devenir-chrétien est le renversement déterministe et mondain de la Résurrection, une interprétation subjective et générique du doublet théo-christo-logique est notre objectif... Christ est la condition sous laquelle le croyant peut être uni-verti à la foi, arraché à sa suffisance de juif ou bien de grec converti. Paul est terrassé comme juif, illuminé comme grec, c’est la folie d’une collision de deux mondes qui reste transcendante... Sous cette forme la Croix représente l’amorce inachevée, toujours livrée à la transcendance du religieux, de la matrice générique. C’est le triomphe ultime de Dieu sur le Christ, du Père sur le Fils, pas encore le devenir humain ou immanent de la Croix... L’uni-version ou l’ultimation serait plutôt ce que nous appelons la superposition de l’être-terrassé ou aveuglé et de l’être-illuminé, pas du tout cette collision faible de la dialectique qui va se résoudre comme à l’accoutumée par un flux de nouvelles écritures « enseignantes » et une évangélisation planétaire.
LARUELLE, CF, 2014
mardi 11 juillet 2023
CHRIST, Histoire, Théologie, KIERKEGAARD
Paul suppose l’événement-Christ déjà intervenu, la résurrection déjà faite, il en fait une vérité à déclarer ou que l’on déclare comme événement déjà advenu et qui doit re-venir. Son problème est de s’identifier au Christ déjà mort-et-ressuscité et de le vivre par la procuration de sa représentation au lieu de le vivre par superposition dans la matrice de la Croix. Toute la thématique du « retour » du Christ en chacun des fidèles est affectée par ce déterminisme temporel. Si le Christ est notre contemporain il ne l’est pas par une projection du passé sur le présent sous peine d’en faire une réminiscence grecque. Ce retour ne peut pas être de l’histoire ou dans une histoire, c’est une sous-venue, l’« évolution » d’un vecteur d’état dans le sens d’une connaissance de salut, pas une re-confirmation de l’ecclésio-centrisme. La théologie chrétienne et sa religion sont comme une inversion des phénomènes réels par la conscience et la représentation, la négation du futur c’est-à-dire du sens authentique du Christ. Kierkegaard accuse justement la dialectique de ne penser que l’advenu ou le passé des contraires, de les avoir déjà survolés par le temps éternel, de ne pas affronter l’expérience de la venue des contraires. Expérience comme transcendance pour Kierkegaard mais pour nous comme transcender le plus simple, celui de l’immanence radicale...
Le message du Christ possède un aspect inintelligible, c’est au moins un fait paradoxal selon l’interprétation que Kierkegaard fait dans les limites encore de sa dialectique... Le Christ est la futuralité d’une raison kérygmatique encore théologiquement inexistante parce que d’essence quantique et qui doit être décidée ou inventée une fois chaque fois à partir des oraxiomes contenus dans le message... La nature paradoxale ou inintelligible n’est en général pas première, ce qui est ordinairement premier dans le message c’est qu’il est compréhensible d’une manière habituelle et plus ou moins immédiate mais encore macroscopique, c’est donc une apparence objective qui a sa vérité mais qui doit être générée depuis ou dans l’enceinte d’une expérience qui met en jeu une autre temporalité. Il faut admettre que la causalité historique existe mais pas le déterminisme causal et linéaire dans lequel prétend s’inscrire l’histoire classique du christianisme et des événements qui font le message et sur lequel se fonde encore l’interprétation de Paul. Celle-ci est une apparence objective, représentative ou « décohérente » qui prolonge l’inintelligibilité primaire du message au lieu de produire la connaissance elle-même non-inintelligible de cette inintelligibilité. C’est une fable sans doute comme disent les athées mais elle doit être rendue intelligible comme fable incompréhensible ou bien comme miracle théorique. Une science des miracles, voilà ce que pourrait être la science du Christ qui doit inventer le type d’intelligence qui ne nie pas le miracle rationnellement, mais l’éclaircit dans le seul mode scientifique adéquat. L’événement-Christ est un miracle théorique auquel il ne nous est pas demandé de croire mais qu’il nous est demandé d’actualiser dans la foi.
LARUELLE, 2014, CF
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CHRIST, Philosophie, Oraxiome
Nous ne thématisons pas ni n’élucidons le sens supposé caché de ses paroles, si ce n’est pour mettre à découvert théorique ce qui est à peine implicite et déjà offert aux simples. Nous dégageons sous la forme d’axiomes subjectifs ou de vécus oraxiomatiques (axiomes de-dernière-instance) la cohérence non-philosophique des logia populaires si facilement capturés par la philosophie qui aime prendre en charge les paroles populaires et les « relever ». Avec ces paroles simples et non philosophiques, Jésus se fait Christ sans avoir besoin de la dialectique paulinienne, il exprime son « identification » à cette sortie hors du religieux, celle du Christ « en » lui-même. Que pourrait vouloir dire « philosopher en Christ » si ce n’est pas lui la condition qui détermine ses propres paroles et les soustrait autant au judaïsme qu’à la pensée grecque ? Il est cause scientifique-immanente, cause générique du sens kérygmatique de ses paroles, tout le reste relève de sa christianisation après coup...
La Croix est un secret scellé, accompli en la personne du Christ, accessible aux Simples qui sont le savoir indocte, refusé à la suffisance des théologiens et des philosophes qui, eux, savent avec assurance qu’ils ne savent rien, au lieu de ne pas savoir ce qu’ils savent.
LARUELLE, CF, 2014
CHRIST, Médiation, Loi
Logos païen et Torah juive sont des religions substantielles, même si elles valent comme formes pour d’autres modalités de la culture. Ce sont des formes d’existence dont le christianisme constitué va hériter et avec lesquelles il va se mélanger comme s’il contournait le Christ en laissant échapper sa radicalité. Elles sont consistantes, forment un système ou un plan de salut, elles sont structurées à trois termes, le divin, l’humain et la loi qui sert d’intermédiaire... Mais le problème du Christ est peut-être radicalement simple car c’est justement le problème des Simples, faire une non-religion à deux termes avec les trois des religions, les simplifier dans leur essence et leurs rapports. Autrement dit, son problème n’est pas paulinien et encore moins hégélien, il exclut toute solution par triade d’instances ou trinité. D’une part le Christ décrit sa mission en des termes qui évoquent une médiation, pour le dire en termes grecs ou philosophables, médiation affaiblie ou lointaine entre Dieu et les hommes, écrasée et comme ayant perdu son côté divin qu’il ne « représente » pas. Il ne re-présente pas une seconde fois son⁹ Père mais le présente à la rigueur, il dit qu’il suffit de l’avoir vu pour avoir vu le Père. Il accomplit en sa personne cette médiation mais à condition de supprimer la distance infinie, à plus forte raison finie (polythéisme), à Dieu, d’écourter le circuit de cette médiation, comme si le terme moyen devait contracter l’ensemble et le prendre sur soi. Cet accomplissement d’une médiation contractée transforme l’autre côté, humain, ou assure le salut des hommes auxquels une nouvelle forme d’obéissance est du coup demandée. Ce n’est donc pas la médiation développée que Hegel verra plus tard en lui mais le médiat-sans-médiation, c’est-à-dire sans la structure complète ou triangulaire... Le Christ est le concentré ou la contraction, la conjugaison plutôt des deux Lois parce qu’il est celui qui les incarne génériquement et qui les transforme en profondeur dans le rapport de leurs instances... Les deux Lois auxquelles il est fait allusion ont une fonction générale ou une allure « commune » de médiation entre Dieu et les hommes, même si l’une va vers l’auto-médiation par Dieu ou l’Être et l’autre vers l’hétéro-médiation, si l’on peut dire, par et comme l’Autre.
LARUELLE, 2014, CF
MESSIANITÉ, Superposition, Non-commutativité
Nous appelons aussi les sujets messianiques ou les fidèles des « Idemsachants », terme de circonstance qui pourrait valoir des gnostiques. Ils ont d’abord le savoir de la superposition idempotente et de la non-commutativité en général, des deux principes de la pensée quantique qui règlent les rapports entre les paroles du Christ en leur immanence et les énoncés transcendants de la théologie. Ils permettent d’obtenir les oraxiomes qui décrivent et constituent la science christique, qui la « préparent », comme diraient les physiciens à propos de l’expérience de la mesure. 1. Il faut « superposer », au sens quantique de ce mot, d’une part les logia, tous les énoncés sur la Loi et son accomplissement, sur les rapports du Père et du Fils, les innombrables formules de Jésus sur la vie et les vivants, et d’autre part la théologie gréco-judaïque qui en est une interprétation transcendante. L’« addition » de la messianité des paroles christiques et de la théologie doit redonner, à travers le matériau théologique transformé ou axiomatisé, ayant perdu sa portée théologique suffisante, la force messianique des paroles christiques. Le discours théologique est transformé, sa structure philosophique interne pliée au principe d’idempotence...
Pourquoi n’est-ce pas une simple imitation réciproque et spéculaire, une transformation simultanée, pourquoi le Christ fait loi et dans cette opération reste le Même sans se laisser affecter par le discours théologique, pourquoi y a-t-il transformation de la parole judéo-grecque divisée pour être rendue adéquate à la personne du Christ ? Un autre principe accompagne, nous le savons, celui de superposition, lui donne son sens et ses limites, l’explicite dans ses conséquences, assure son être-forclos ou sa défense a priori, c’est celui de la non-commutabilité du Christ et de la philosophie. Il n’y a pas de commutativité entre les paroles du Christ et la théologie judéo-grecque, entre Christ et la philosophie, la croyance et la connaissance de la foi. Il faut comprendre les paroles du Christ de telle sorte qu’il n’y ait pas de réversibilité entre leur effet et la théologie judéo-grecque qui y est suturée. Le « retour » du Christ même sous la forme de son intelligence théologique, car la philosophie ne demande pas autre chose que le cercle, fût-il infini, du réel et du langage, est impossible...
Le discours théologique est apparence objective, le discours oraxiomatique que nous en tirons par superposition est également sans prise sur le réel christique mais il est sous-déterminé par lui... Notre science peut donc être dite une christo-fiction rigoureuse, elle n’est plus imaginaire comme le matériau avec lequel elle est faite.
LARUELLE, CF, 2014
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Christ,
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LOI, Christ, Messianité
Le Christ ne propose pas une autre loi révisant la grecque et la judaïque, mais une loi-événement, une loi générique qui est celle de la superposition et de la non-commutativité. Le Christ est la Loi accomplie comme immanence de la messianité, comme idemmanente. Ce n’est pas une relève de la Loi mais son suspens et sa dépotentialisation en tant qu’elle appartient par idempotence au médiat, au mi-lieu de l’analyse et de la synthèse... Victime de l’apparence religieuse et philosophique, le christianisme aura compris ainsi que la Loi « accomplie » est encore la loi juive ou l’une de ses modalités. Mais la nouvelle pratique est forclose à la loi juive et à la loi grecque, et pour cela peut les transformer sans continuité en un tout autre principe qui est la messianité. Qu’est-ce qui fait la « folie de la Croix » et/ou son « scandale » ? Certainement le fait que des opposés traditionnels entrent dans le Christ en une collision. Mais Paul propose à l’homme une combinaison encore bien classique qui porte la trace visible et l’idéal corpusculaire des anciens matériaux, le mélange quasi dialectique d’une loi d’amour universel déjà trop grecque et contemplative, et d’un événement de tombeau vide qui idéalise la crucifixion et la résurrection en un fondement abstrait... La loi de l’amour, à plus forte raison générique, est une loi pratique, non donnée comme un idéal mais qui doit être reçue et exercée comme un ultimatum dans l’agir qui prend le monde comme objet... C’est la Loi comme messianité, la loi de la foi et non de la croyance, la loi de l’amour générique qui n’est pas la confusion indifférente ou l’égalité de l’universalisme.
LARUELLE, CF, 2014
CHRIST, Unilatéralité, Sujet
Admettons cette formule "Dieu fait homme", que veut dire « fait » ici ? Croire que Dieu s’est métamorphosé et a décidé de revêtir forme humaine est à l’origine des anthropomorphismes et des théologismes trinitaires de l’Église, de ses apories dont témoignent les hérésies intra-chrétiennes, mais aussi d’une bonne part des philosophies ou christologies dialectiques modernes en marge du christianisme. Elle signifie plutôt qu’il y a un « devenir » immanent du Christ comme sujet, plus rigoureusement une sous-venue des deux Lois religieuses à la généricité de la science comme vécue – à la science-sujet comme vraie science et vrai sujet. Le Christ est une procédure scientifique qui a trouvé un usage vécu. Plutôt qu’il ne devient, le Messie vient mais il ne vient pas du ciel ou de la terre, il « sous-vient » comme générique et n’a donc pas de lieu dans le monde justement parce qu’il a le monde pour « objet » complémentaire à transformer. Être « fait » n’est ici ni émanation ni procession, ni leur milieu ou leur synthèse, le Christ (et chaque fidèle avec lui) se dit au duel. Le fidèle est une dualité illocalisable prise dans l’immanence, dualité d’une conjugaison ou d’une complémentarité. Il est dualité unilatérale comme procédure d’idempotence c’est-à-dire d’un excès indivisible du Même dans le Même d’une part et comme matérialité d’un vécu d’autre part.
LARUELLE, 2014, CF
IDEMPOTENCE, Médiation, Messie
L’idempotence est en général le mi-lieu ou la complémentarité de l’analytique et du synthétique, mais quel type de « milieu » ? L’idempotence ne vaut que de l’immanence (l’ondulatoire-physique ou le messianique-vécu) mais c’est une forme capable d’accueillir une transcendance simple, un ascender non-extatique. Suspendant sa médiation interne, elle est l’élément non médiatisé et non médiatisable du Christ, le Même. Mais sous cette forme de médiat-sans-médiation elle est aussi l’élément de… ou pour… la transcendance, bien que n’étant pas elle-même médiatisée avec cette dernière. Le générique est maintenant complet, c’est un médiat-sans-médiation = mi(-lieu) = élément, qui médiatise l’autre terme mais n’est pas lui-même médiatisable par lui... Le générique médiatise pour le monde, mais n’est pas lui-même médiatisable. Donc, pour que le médiat non médiatisé, le premier A de A A = A, puisse servir de médiat-pour… ou d’élément générique pour l’autre terme, il faut que ce premier soit immanent. Idempotence ou superposition se comprennent, dès que vécues, comme un sacrifice de la médiation réciproque, de l’échange avec Dieu, sacrifice unilatéral de la médiation à la condition que Dieu « se fasse » homme générique, Fils ou élément du mi-(lieu), juste mesure inégale ou unilatérale. Ce qui est sacrifié c’est la réciprocité ou la rivalité, le côté divin de la médiation, mais à condition que Dieu soit radicalement immanent ou lui-même non-médiatisable. Mais justement l’immanence se trouve ou se réalise par le suspens de sa médiation interne des deux côtés, et devient médiation unilatérale externe avec l’introduction de la transcendance. Dégager le noyau de la médiation comme unilatérale implique que le messie comme générique soit en devenir (ce qui peut valoir pour l’attente judaïque…) et dépende de la rencontre-sans-création, de la « collision » qu’est le Christ de Dieu et du Monde, de leur superposition sans synthèse. La messianité est en cours au sens de sa pré-emption sur les hommes mais parce que le facteur-Christ sert d’index pour la variable humaine. Il suffit de leur addition, de l’intervention de Dieu non comme créateur du monde – le Messie n’est pas une nouvelle création – mais comme facteur-Christ de superposition ou capable de s’additionner. L’événement-Christ peut s’interpréter dans les concepts de la superposition ou de l’addition quantique, donc de la grâce mais certainement pas de la re-création. Il n’est pas question de rachat ou d’échange, de prendre sur soi le péché du monde, juste d’opérer la seule généalogie possible, non pas du monde, mais du salut du monde depuis et dans l’humanité radicale. Ainsi transformés, les nouveaux Fils ou messies ne sont pas connaissables ou reconnaissables par ceux qu’ils étaient. Ce sont des Étrangers-existant-messies.
LARUELLE, CF, 2014
NON-COMMUTATIVITÉ, Unilatéralité, Loi
La non-commutativité est décisive pour expliquer la possibilité de l’idempotence christique et la réduction immanentale du religieux. Elle impose le caractère d’avant-priorité à cette réduction et protège le Christ de tout retour dans une théologie première réglée une fois de plus et organisée autour de la transcendance de Dieu. La science christique n’est pas un canon, mais à la rigueur un organon pour la foi. Rien, aucun ordre ne précède le Christ, qui justement n’est pas premier mais « dernière instance » de salut, ultimatum avant-premier... Comme principe et non simple loi, la non-commutativité revient à mettre l’irréversibilité au cœur du commencement et de la priorité plutôt qu’au long d’une séquence temporelle qui la ré-envelopperait de son cercle. Insérée dans la priorité, elle dédouble d’avec celle-ci, sans en créer un doublet philosophique et spéculaire... La non-commutativité achève de déterminer la messianité comme onde unifaciale ou jet orienté-unilatéral... L’unilatéralité du « Très-Hautre » judaïque apparaît maintenant pour ce qu’elle est réellement c’est-à-dire génériquement, un symptôme ou une occasion de la non-commutativité ou de la complémentarité messianique. Le générique est le nouveau statut de la Loi qui sous-détermine le sujet obéissant qu’elle pré-empte (le concept générique de l’élection) et structure par sa nature scientifique mais non positive. La Loi, dont la proximité était l’acte d’un Dieu trop lointain pour intervenir lui-même auprès des sujets, est concentrée et unilatéralisée entre les principes quantiques et le vécu, imprégnée par l’idempotence et prise de la philosophie ou du monde païen... La superposition linéaire évite matériellement un cercle éventuel de la messianité, la non-commutativité l’évite formellement. Ensemble ils expliquent la géniale émergence de l’événement-Christ et de la création de la science des religions.
LARUELLE, 2014, CF
ORAXIOME, Messianité, Onde
Nous savons pratiquement, que pour cette science, il faut 1. en-avant-priorité une forme non pas logico-aristotélicienne mais algébrique et déterminante, l’idempotence et le nombre imaginaire, 2. une matérialité vécue (substance matériale de la messianité et de la foi), 3. également une forme logique puisqu’elle implique de la philosophie, 4. une forme axiomatique puisqu’elle implique une science rigoureuse dans ses moyens. Ces divers aspects sont entrelacés de manière indivisible dans ses énoncés que nous avons désignés en général comme axiomes vécus ou oraxiomes, qui sont des dires fidèles, les « axiomes fidèles » de la messianité. En-dernière-instance ils expriment la messianité en recourant au langage théologico-philosophique qu’ils transforment. Chacun de ces oraxiomes est un quantum générique d’expression ou d’énonciation, non pas une entité conceptuelle ou discursive, un atome de sens transcendant, mais un quantum à la fois discret et indivisible de messianité. C’est à la fois une pulsion, la poussée d’un cri, la clameur de la foi, la jaculation d’un mystique... L’ondulatoire désigne ici un schème ou une forme qui n’est pas nécessairement un phénomène visible d’écoulement sonore ou liquide des concepts, encore que la parole soit un tel phénomène d’écoulement et de ruissellement surtout si l’on modifie ou fait varier ses vitesses d’écoulement physique comme le savent les mystiques et les prêtres ritualistes. La marque phénoménale de l’ondulatoire comme schème tolérant la superposition est surtout l’interférence des sens ou des concepts. Il s’agit de projeter ou de faire usage des noyaux conceptuels, surtout théoriques puisqu’il s’agit de la théologie, tels qu’on les fasse se superposer comme des vecteurs, interférer et ainsi créer de nouveaux blocs de sens illocalisables ou indiscernables. L’interférence est surtout celle des syntagmes ou des corpuscules de signification que sont les énoncés... Il ne s’agit plus de parler conceptuellement de manière atomiste de la messianité mais de manière « ondulatoire », par ondes configurant des concepts. Étant donné leur racine ou leur source avant-première qui est l’idempotence, ce sont des « oraxiomes », des axiomes générés comme les oracles de cette pythie algébrique qu’est la messianité... Énoncé idemsachant, à la fois vécu et générique, l’oraxiome est l’indivisible duel, le quantum générique de formulation dont aucun ego n’est le titulaire, aucun « je », à la rigueur un « nous », comme un quantum d’expression ou de formulation unilatérale qui met un terme à l’axiomatique encore atomiste de la mathématique ou de la philosophie... Dans cette perspective, les logia de Jésus c’est-à-dire les recueils de paroles pour les pauvres, doivent être compris comme des formules vides de la suffisance du Logos, qui expriment une « impuissance » du gréco-judaïque, comme des quanta duels (ou binaires-indivisibles) et en ce sens comme des formulations apocryphes au sens où elle sont tenues secrètes en-Christ et non-authentifiées par la Synagogue, l’Académie, et l’Église qui d’une certaine manière les réunit.
LARUELLE, 2024, CF
lundi 26 juin 2023
SUJET, Messie, Christ
Dans toute science il faut au moins un opérateur observateur des procédures de recherche qui sont le véritable « sujet »... Comment appeler cette subjectivité ou cette foi individuelle sous-déterminée génériquement, sinon « Messie » ou sujet-existant-Étranger ?... Messianité de-dernière-instance et Messie d’origine individuelle mais dépouillé de ses prédicats individuels forment une complémentarité unilatérale. Christ est bien un « sujet », ce n’est pas parce qu’il n’est pas ici un fondateur (involontaire) de religion (les apôtres sont des témoins, Paul étant le corrupteur autoritaire du message) ou une figure historique qu’il est un symbole anonyme... Les « choses dernières » ne sont pas des événements cosmiques fabuleux et cataclysmiques, seuls les sujets génériques sont « derniers » au sens eschatologique c’est-à-dire « avant-premiers » (plutôt que ceux qui font retour). Le nom de Christ introduit une discontinuité fondamentale non pas « dans » le présent de l’histoire, mais de l’avant-présent « futural » à ce présent de l’histoire elle-même. Loin de « casser en deux » (Nietzsche) l’histoire selon le vieux schème philosophique, il met à jour une avant-priorité qui laisse sa priorité à l’histoire et aux religions, mais les met sous condition sous-déterminante en-dernière-instance. Au lieu de réduire le Christ au rang de fidèle quelconque c’est-à-dire « chrétien » ou « croyant », on admettra que le Christ n’est pas « chrétien » comme Jésus en ce sens tardif et encore moins « croyant », mais que d’une part tout fidèle quelconque doit être mis sur un pied d’égalité avec le Christ, égal parmi les égaux, mais à cette stricte condition que les fidèles, comme le Christ lui-même, se libèrent du christianisme-monde et soient des modalités de la science générique ou des fidèles de-dernière-instance, non pas assujettis à la messianité mais subjectivés génériquement par elle... Un sujet de forme classique, ego, conscience ou ipséité singulière, il n’y en a pas dans les sciences humaines si ce sont vraiment des sciences, et en particulier dans la science ici cherchée, la foi les exclut mais ne les nie pas, elle les transforme. Mais il y a de la subjectivité d’une part à l’état interférent ou ondulatoire, et donc d’autre part il y en a aussi sous la forme dés-individualisée de messies attendus avec certitude mais aux trajets indiscernables et aux effets imprévisibles. Ils agissent sans être localisés dans des lieux et des temps théologiques prédéterminés, messies intriqués procédant non par empiètement ou jeu de frontières mais par des effets de grâce à distance qui traversent les obstacles du monde. Il n’y a pas de sujet de la science mais une science-sujet qui, investie dans les données du christianisme mondain, produit des multiplicités illocalisables de fidèles agissant indirectement et non au terme d’une distance onto-théo-logique.
LARUELLE, 2014, CF
CHRIST, Messianité, Résistance
Le Messie qui sous-vient n’est ni un point où Dieu se concentrerait, le Dieu ou l’Un de la kabbale par exemple, ni un retour sur soi, il ne peut faire retour mais vient pour l’avant-première fois chaque fois comme ce qui abat toute suffisance. L’immanence par exemple la plus radicale que la philosophie du Christ (M. Henry) ait imaginée se dédouble en un point-ego et un flux oscillatoire d’auto-affectivité qui remplit cet ego et que cet ego individuel enferme. Ce n’est donc rien d’autre qu’un atomisme conceptuel, l’ego est transcendantal ou semi-transcendant. De nouveau l’ego ou le centre l’emporte sur l’onde messianique, alors que l’immanence de ce qui ne fait que venir messianiquement devrait être cherchée au plus profond du « sans-retour » ou de la Résurrection du Christ, donc dans la propriété d’idempotence qui fait de l’immanence de la messianité un vecteur et non un cercle. La « sous »-venue du Christ est le seul contenu réel possible de son « retour » mythologique, la seule mémoire de la messianité... Dans le rapport à l’Histoire, le Christ sous-venant introduit un grand renversement. La messianité n’est plus ce qui reste ou résiste et dont l’entêtement définit le Même comme résidu de l’Histoire... Les variations servent à faire apparaître ce qui résiste, c’est une opération de transcendance glorieuse et entêtée, tandis qu’ici le Même n’a pas à se constituer comme ce qui résiste, il se contente de bouger en lui-même ou d’osciller au gré des variations, opérations ou différences et non malgré elles. Le Messie a la souveraineté des faibles, l’indifférence accueillante ou insensible. Le non-agir de l’Idempotent n’entre pas dans un corps-à-corps ou un face-à-face, n’a pas à réagir réflexivement pour résister. Cette puissance d’être et de rester le Même sans devoir tuer l’Adversaire est la messianité, ce n’est pas la puissance seulement de résister aux variations et aux avatars, de les inclure ou exclure, d’en faire au mieux une synthèse dans un grand système théologico-mondial. C’est ce qui distingue de notre point de vue la défense des humains et la résistance qui ne peut être qu’un combat dont l’horizon est la mort. Ni affirmative ni négative, la défense inclut un moment de transformation et non de mise à mort de l’Adversaire.
LARUELLE, 2014, CF
CHRIST, Non-commutativité, Christianisme
1. La superposition du Christ (de ses paroles) et de la théologie gréco-judaïque, l’addition des paroles christiques et de la théologie doit générer le noyau du discours christique mais dans sa version théologique tandis qu’inversement le discours théologique est transformé, plié ou ordonné à ce principe ou à cette opération. 2. Pourquoi n’est-ce pas une simple imitation réciproque et spéculaire, une transformation simultanée, pourquoi le Christ fait loi et dans cette opération reste le Même sans se laisser affecter par le discours théologique, pourquoi y a-t-il transformation de la seule parole judéo-grecque pour être rendue adéquate à la personne du Christ ? Un autre principe accompagne celui de superposition, lui donne son sens et ses limites, l’explicite dans ses conséquences, c’est celui de la non-commutativité du Christ et de la philosophie ou de la théologie judéo-grecque. Autrement dit toute théologie est ou bien de l’ordre de l’imaginaire philosophico-religieux, une formation imaginaire qui nous sert de matériau, ou bien si nous en élaborons une nouvelle et scientifique en fonction de Christ et de cet imaginaire comme matériau. C’est ce que nous appelons l’unilatéralisation du christianisme qui assure d’autre part la défense du Christ contre le christianisme. La non-commutativité permet de comprendre la forclusion de la messianité au cours du monde et de l’histoire.
LARUELLE, 2014, CF
samedi 17 juin 2023
MATRICE, Christ, Messie
On appellera « matrice christique » le dispositif quantique-et-générique qui représente sous forme de vecteurs les « états » possibles du Christ (que nous appelons « en-personne » pour le distinguer de Jésus) et le détermine en fonction d’une nouvelle économie du salut, délivrée du doublet théo-christo-logique, émancipant dans les sujets la messianité et la foi... Il contient différents éléments représentés de manière vectoriale, parmi les plus connus. 1. Des matériaux, les données de ses paroles et de ses actes d’accent soit grec, soit judaïque, qui sont les deux variables de son message... 2. Les opérations de conjugaison, multiplication et addition, faites sur ces variables... 3. Enfin et principalement, sous le nom de facteur-Messie, un facteur spécial de sous-détermination pour les produits des variables, de toute façon d’index auquel les rapporter. C’est une force productive de fiction ou d’imaginaire maîtrisé, d’insurrection rigoureuse dans la théologie.
LARUELLE, 2014, CF
LARUELLE, 2014, CF
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