LARUELLE, CF, 2014
Lexique des Termes Premiers utilisés par François Laruelle dans le cadre de la "Non-Philosophie" ou "Philosophie non-standard". Résumés ou extraits.
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mardi 18 juillet 2023
MESSIANITÉ, Judaïsme, Trace
Comme tout phénomène de type ondulatoire, la messianité est un ensemble de voies innombrables et indécidables, de chemins possibles aux décours hasardeux, sans traçabilité identifiée ou qui ne laissent de traces qu’après coup, une fois qu’ils ont été détectés ou reçus dans l’élément dit de la « conscience » ou de la croyance... La messianité n’a pas de masque (Nietzsche) ou inversement d’intériorité (Kierkegaard) mais une immanence vectoriale, et n’est pas plus identifiable par les Églises que par les « yeux du monde » Ni le temps ni le lieu ne peuvent être ses paramètres. Il n’y a pas de traçabilité du messie, c’est un grand acquis du judaïsme que le catholicisme surtout a oublié par paganisme. Mais le judaïsme a multiplié et rendu apocryphes les avènements messianiques pour mieux troubler l’attente et la passionner. Lorsque Levinas philosophe la trace, et Derrida à sa suite, il s’agit de ce qu’il en reste comme mémoire et passé éternellement présents dans le moi. Ils ne vont pas au plus solitaire désert de l’âme, désert de l’inconnaissance qui accompagne le savoir que nous sommes et dont la connaissance ne suppose pas une trace préalable par un reste de platonisme.
vendredi 28 avril 2023
CHRIST, Christianisme, Religion
"Nous luttons sur deux fronts, celui du théoricisme socratique et de la sagesse ontologique, celui de l’éthique judaïque et de la Loi. Ces héritages religieux fondateurs sont des variables hétérogènes, le Réel comme Idée ou bien comme Loi n’a pas chaque fois la même portée, comme si l’on pouvait choisir l’un comme l’autre indifféremment. Mais la lutte contre le christianisme est encore d’une nature un peu différente, plus complexe, s’amorce avec lui un déclin de la transcendance la plus escarpée dans la médiation, une sorte de rebroussement vers l’immanence (et qui aura des effets politiques ou « gnostiques »). L’idéal et la possibilité d’une « vie » immanente sont apparus sans doute dans un contexte religieux, mais le christianisme est peut-être la seule religion qui peut se nier elle-même, s’immanentiser, s’intérioriser au point de nier sa transcendance divine par l’incarnation comme mort du Dieu transcendant, comme sacrifice de l’ancien fonds religieux au profit du sujet-Christ livré à la solitude et l’abandon. De cette immanentisation radicale qui se « retourne » comme sous-venue positive, nous pourrions tirer la possibilité d’un non-judaïsme et d’un non-christianisme, au total d’une non-philosophie... Le problème du « philosopher en Christ » n’est pas résolu tant que philosopher n’est pas « en-Christ », mais reste dans la priorité de l’Idée. L’Incarnation est le modèle ou la modélisation (justement) d’une véritable avant-priorité du Réel si immanent qu’il se sépare du Tout. Christianisme et judaïsme ne sont que relativement opposés à la philosophie, l’un par une immanence sans vrais moyens, l’autre par l’excès de la transcendance. L’en-Christ suppose la dissolution des mélanges religieux païens qui revivent dans les christologies philosophiques. La nouvelle formule directrice est philosopher, judaïser, et peut-être « mathématiser », si l’on veut bien comprendre la formule en-Christ comme en-Un. La vraie formule, celle qui aura rempli un blanc ou un vide abusivement caché et comblé par la philosophie, est donc « sous-philosopher en-Christ ». Nous n’entendons pas le « en- » comme incarnation transcendante mais comme vécu (d’)immanence qui est le réel de l’incarnation. Il ne s’agit pas d’un Christ historique ni d’un Christ idéalisé par la religion ou platonisé par la philosophie, mais du Christ comme sujet-Étranger ou Fils de l’Homme-en-personne. Pour tirer quelque chose de nouveau du christianisme lui-même, et le tirer « en-Christ », il faut comprendre le récit des Évangiles comme modélisation d’un Christ radicalement immanent et dédoubler le christianisme en une christo-fiction générique et un christo-centrisme qui aura été sa modélisation religieuse... Le Christ annonçait la fin non du judaïsme mais de toute religion et peut-être du monothéisme pour un mono-humanisme générique... Christ n’est pas le critique des religions, il est leur consumation comme immanentes ou vécues, qui les laisse à l’état de résidus c’est-à-dire de symptômes et de modèles aux fonctions secondaires."
LARUELLE, CF. 2014
LARUELLE, CF. 2014
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mardi 11 novembre 2008
JUDAISME > Hérésie
Deux manifestations extrêmes de l'humain, différentes par nature : à l'hérésie appartient l'Identité radicale et immanente avec le clonage qu'elle autorise, à la Shoah se rapporte l'altérité absolue et transcendante avec la mémoire qu'elle suppose.
Les juifs ont conquis une identité et une unilatéralité basées sur la transcendance absolue de l'Autre, c'est pourquoi leur défense reste religieuse et obéit à une logique encore sacrificielle, telle que la victime peut se transformer et bourreau et la paix engendrer la guerre. La persécution adressée à l'Autre et à la différence, comme l'antisémitisme, conserve une forme de réciprocité à une transcendance absolue près.
Les hérétiques ont arraché au Logos le nom de l'humain, ils ont prouvé que d'être sans-essence et sans détermination valait d'être exterminé par un Monde qui certes détruit et viole les valeurs de l'humanité (au nom de l'humanité), mais radicalement ne peut que forclore et nier l'humain comme tel. La persécution adressée à l'Un, à la revendication d'identité radicale, ne s'effectue plus dans le Monde ou dans l'Histoire, car elle vise une altérité elle-même plus radicale (l'Autre que) affectant jusqu'à la pensée-Monde. Les hérétiques ont perdu jusqu'au statut de "créatures" élues ou maudites et ne sont victimes (du Monde) qu'à cause de leur humanité radicale et im-monde.
Il y a donc deux sortes de persécution : l'une est absolue et s'effectue par identification du bourreau ("inhumain") et de la victime ("déshumanisée"), l'autre est radicale et s'explique par une identité humaine (la victime) seulement hallucinable (par le bourreau).
L'Identité hérétique est moins négociable, moins révisable encore que l'altérité juive car elle ne revendique rien, pas même le respect de l'identité ou de la différence.
Contre les juifs, il y eut l'extermination par incendie, le feu transcendant et technologique dont les cendres demeurent pour raviver la mémoire. Contre les hérétiques, ce fut l'extermination par les bûchers, un feu immanent et auto-consumant, anonyme et sans reste.
Le feu symbolise l'auto-performation du Monde quand on n'en retient que la manifestation extérieure, éclat de lumière ou propagation énergétique.
En tant qu'instrumental, le feu incendiaire prétend consommer absolument l'existence physique et sociale (réduire les juifs à l'altérité absolue qu'ils revendiquent), sans toutefois y parvenir, tandis que les victimes des bûchers sont radicalement consumés à cause de leur savoir (ramener les hérétiques à l'inexistence de l'Un) et d'autant mieux oubliés.
2002
Les juifs ont conquis une identité et une unilatéralité basées sur la transcendance absolue de l'Autre, c'est pourquoi leur défense reste religieuse et obéit à une logique encore sacrificielle, telle que la victime peut se transformer et bourreau et la paix engendrer la guerre. La persécution adressée à l'Autre et à la différence, comme l'antisémitisme, conserve une forme de réciprocité à une transcendance absolue près.
Les hérétiques ont arraché au Logos le nom de l'humain, ils ont prouvé que d'être sans-essence et sans détermination valait d'être exterminé par un Monde qui certes détruit et viole les valeurs de l'humanité (au nom de l'humanité), mais radicalement ne peut que forclore et nier l'humain comme tel. La persécution adressée à l'Un, à la revendication d'identité radicale, ne s'effectue plus dans le Monde ou dans l'Histoire, car elle vise une altérité elle-même plus radicale (l'Autre que) affectant jusqu'à la pensée-Monde. Les hérétiques ont perdu jusqu'au statut de "créatures" élues ou maudites et ne sont victimes (du Monde) qu'à cause de leur humanité radicale et im-monde.
Il y a donc deux sortes de persécution : l'une est absolue et s'effectue par identification du bourreau ("inhumain") et de la victime ("déshumanisée"), l'autre est radicale et s'explique par une identité humaine (la victime) seulement hallucinable (par le bourreau).
L'Identité hérétique est moins négociable, moins révisable encore que l'altérité juive car elle ne revendique rien, pas même le respect de l'identité ou de la différence.
Contre les juifs, il y eut l'extermination par incendie, le feu transcendant et technologique dont les cendres demeurent pour raviver la mémoire. Contre les hérétiques, ce fut l'extermination par les bûchers, un feu immanent et auto-consumant, anonyme et sans reste.
Le feu symbolise l'auto-performation du Monde quand on n'en retient que la manifestation extérieure, éclat de lumière ou propagation énergétique.
En tant qu'instrumental, le feu incendiaire prétend consommer absolument l'existence physique et sociale (réduire les juifs à l'altérité absolue qu'ils revendiquent), sans toutefois y parvenir, tandis que les victimes des bûchers sont radicalement consumés à cause de leur savoir (ramener les hérétiques à l'inexistence de l'Un) et d'autant mieux oubliés.
2002
mardi 21 octobre 2008
HERESIE > Judaïsme
L'élection judaïque du moi par l'Autre relève d'une transcendance hyperbolique qui ne fait que repousser aux limites du rationnel la convertibilité propre au logos ; l'hétéronomie qui me fait otage se convertit en autonomie de la responsabilité. Il s'agit d'une hérésie dans les limites de la simple philosophie, qui ne fait pas encore de moi un élu-sans-élection ou un converti-sans-conversion.
L'Autre absolu des juifs se veut autrement-qu'être et rupture du continuum universel, mais ne parvient pas à l'Un-sans-Etre des hérétiques et son propre mode d'universalité.
Il ne s'agit pas de généraliser ou de banaliser la Shoah en y "associant" les crimes commis contre les hérétiques (ce serait le pire des révisionnismes), mais d'admettre la systématicité et l'immédiateté de ces derniers crimes comme étant la "solution initiale" adoptée par tous les pouvoirs, et dont la "solution finale" constituerait la plus grande extension historique.
2002
L'Autre absolu des juifs se veut autrement-qu'être et rupture du continuum universel, mais ne parvient pas à l'Un-sans-Etre des hérétiques et son propre mode d'universalité.
Il ne s'agit pas de généraliser ou de banaliser la Shoah en y "associant" les crimes commis contre les hérétiques (ce serait le pire des révisionnismes), mais d'admettre la systématicité et l'immédiateté de ces derniers crimes comme étant la "solution initiale" adoptée par tous les pouvoirs, et dont la "solution finale" constituerait la plus grande extension historique.
2002
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