LARUELLE, 2014, CF
Lexique des Termes Premiers utilisés par François Laruelle dans le cadre de la "Non-Philosophie" ou "Philosophie non-standard". Résumés ou extraits.
Affichage des articles dont le libellé est Ascension. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ascension. Afficher tous les articles
mardi 18 juillet 2023
ASCENSION, Dieu, Christ
L'ascender vectorial a pour effet d’abaisser d’une toute nouvelle manière et définitivement la transcendance, la réduisant à une forme simple ou particulaire. L’Ascension est donc aussi abaissement de la divinité que la théologie supposait absolue du Christ. Elle donne son sens à la Croix, la rend nécessaire comme abaissement de Dieu, l’Ascension du Christ ne supprime pas la dimension divine du Christ qui se substituerait à Dieu ou lui emprunterait sa place, mais elle abaisse cette dimension ou la soustrait à son image spéculaire, détruit donc le doublet théo-christo-logique. Le Christ est complémentarité unilatérale de l’ascendance messianique et de l’abaissement de la croyance qui assiège la foi des fidèles. L’Ascension est l’amplitude christique de la pensée, non un événement extérieur et merveilleux. Il n’y a pas de dialectique de l’Ascension et de l’Abaissement mais un ascender pour ne plus transcender indéfiniment... Dans la perspective quantique, l’Ascension est la superposition du Père et du Fils comme entités complexes ou vectoriales, plus exactement la superposition du Fils comme vecteur du quart de tour et du Père réduit au Fils, à ce qu’il reste de divin dans le Ressuscité c’est-à-dire à la messianité générique. Comment, dit vulgairement, le Fils n’engendrerait-il pas le Père ? Ou plus scientifiquement, comment la communauté générique des Enfants ne serait-elle pas la déduction immanente de la vie du Père ?
ASCENSION, Résurrection, Création
Résurrection et Ascension sont des phénomènes de matérialité et trouvent leur dernière explication dans un ascender, essence de l’acte vectorial de superposition ondulatoire qui reste le Même comme idempotent. Évidemment ce n’est pas supprimer ce qu’il y a de « miraculeux » en elles car la notion d’un ascender ondulatoire idempotent, analytique fort et synthétique faible, est tout aussi mystérieuse qu’elles, mais aussi naturelle que l’algèbre de la quantique. L’Ascension non-extatique correspond à la propriété algébrique de l’idempotence et c’est une Surrection pure, qui, comme toute loi scientifique, n’a pas en un sens d’autre justification qu’elle-même, finalement axiomatique... Pourquoi ne pas autant s’étonner de cette propriété merveilleuse de l’algèbre qui prescrit, une fois matérialisée, que toute immanence est ascendance ? que s’il y a un plan d’immanence il ascende, sans doute à cause de sa nature qui est vectoriale ou angulaire et l’assujettit à une phase ?... La Résurrection n’est pas une nouvelle création ou sa répétition, mais la toute première fois où justement il y a enfin une création dans ce monde qui ne soit pas la répétition d’une procédure mondaine ou d’un phénomène rebattu de la pensée. Les gnostiques commençaient à penser plus rigoureusement mais encore religieusement, ils pensaient la création divine comme ratée, il devait y en avoir une autre par le Christ pour enfin réussir celle qu’un Dieu défaillant avait manquée. Mais pour les gnostiques quantiques il n’y a jamais eu de création du monde ou dans le monde, c’est le monde qui est « méchant » ou « mauvais » et par voie de conséquence Dieu qui a prétendu le créer et hésite parfois à l’assumer. Mais le Christ est l’avant-première création de nouveauté et qui prend l’ordre des choses par où il faut le prendre, par la futuralité qui n’est pas dans l’ordre du temps, sinon à le hanter comme un Étranger, le seul qui vienne de plus loin que d’Élée... Quant au Tombeau, il recueille celui qui fut un vivant et qui va recevoir cette fois le vécu-sans-vie... L’Ascension à la fois emporte et abandonne le cadavre... Si l’on contracte comme indivisibles les phases du récit des Évangiles, on obtient un Christ de Schrödinger, le Ressuscité et son cadavre étant superposés. Mais l’Ascension est plus intimement encore sous la condition de la résurrection en ce qu’elle relance le vécu comme soustrait à la vie, absence qui n’est pas une idéalisation. Le Tombeau vide = 0, représente ce que nous appelons le vécu-sans-vie, délivré du sujet humain et du corps individuel. Le vécu lui-même n’est pas une généralisation qui peut être attribuée à quantité de phénomènes non-humains, il se distingue de la vie quelconque, c’est du vécu au sens générique donc humain. L’humain est vivant, sans doute, mais c’est la vie rendue humaine comme dirait Marx, et aussi la mort rendue humaine c’est-à-dire vécue. Et si le vécu matérialise l’ascender, celui-ci comme superposition est la forme même du vécu et distingue la « vie » rendue humaine ou générique des autres formes de vie. Quant à la Résurrection, elle est bien celle des « corps », manière de s’opposer à tout idéalisme grec, encore qu’il s’agisse toujours d’une lecture en fonction du monde et non de l’Ascension. Ce n’est certainement pas la séparation de l’âme-comme-Idée et du corps matériel, ni même le dédoublement d’un corps spirituel et d’un corps mondain telle une génération de fantômes ou de morts-vivants. C’est une séparation de la vie abandonnée au monde et du vécu qui lui est enlevé et superposé avec soi. Seul le vécu-sans-vie saisi par l’idempotence peut ascender ou se faire ascension. La vie est morte, le vécu est ressuscité, non pas recréé mais séparé de la-vie-la-mort.
LARUELLE, 2014, CF
ASCENSION, Superposition, Fils
L’« ascender » vectorial du Fils ne peut être que la superposition du Père et du Fils, avec la mort du Père autoritaire, persécuteur et sacrificateur... La plus grande prudence est nécessaire dans le cri « Christ est ressuscité ! » qui répond au constat du Fou nietzschéen « Dieu est mort, nous l’avons tué »... Nous devrions pouvoir dire non pas « Christ est ressuscité, nous l’avons ressuscité ! », mais « Nous sommes ressuscités en-Christ »... La foi est l’expression de la superposition du Père et du Fils sous le Fils dans l’Ascension, comme si l’idempotence du Fils se substituait à la toute-puissance du Père.
LARUELLE, CF, 2014
RÉSURRECTION, Mort, Ascension
Nous manquons d’une phénoménologie scientifique c’est-à-dire quantique de la mort et de la résurrection. Ressusciter peut se dire en grec soit « éveiller » soit « relever » ou « se relever ». Il s’agit dans ces infimes nuances de la différence entre une interprétation vectoriale et une interprétation dialectique qui se fonderait finalement sur l’ontologie de l’être et du néant. La vectoriale s’oppose à l’idée de la mort absolue, de la mort-néant, au tombeau-comme-vide-absolu et éventuellement au travail du négatif qui fait la substance d’abstraction de ces théories. Elle la conçoit comme mort radicale ou « maladie à la mort » (Kierkegaard), celle d’où Lazare est tiré par Jésus lui ordonnant de se lever. La mort doit donc être un fond moins abyssal que ce qu’en postulent les philosophes (Hegel, Heidegger, Badiou), moins un tombeau vide qu’une crypte, qu’un « tombeau-comme-vide » habité de cadavres, occupés par des corps victimisés. Quant au lever, relever, se relever, très peu de chose le distingue évidemment de l’éveil gnostique ou chrétien, voire du réveil et de la sortie grecque du sommeil des morts. Entre relève des concepts, relève d’une garde, relais d’une course, lever des enfants ou levée des corps, toutes les amphibologies sont possibles. Toutes ces nuances ont en commun la forme d’une ascension mais une seule a la forme et la simplicité vectoriale d’une phase, d’une ascension non-extatique comme simple amorce d’une transcendance qui ne se ferme pas ou d’une mouvance ouverte qui peut se clore ou s’achever sur soi mais pas en soi... L’interprétation vectoriale de la Résurrection retrouve ce que cette opération a de dynamique, d’ascendance sans extase (racine carrée de -1) c’est-à-dire de messianique. La messianité du facteur-messie est l’origine radicale de la Résurrection, l’Ur-Transcendenz qui n’est pas encore la transcendance du « Dasein » ni l’« Ur » d’où… Abraham est parti. La messianité est ce qu’il y a de continu, sinon de répétable, dans la levée subjective, d’émergence ou de « relève » à partir non pas du fond du tombeau vide mais du vide comme fond du Tombeau... On revient du tombeau inerte et « mort » mais pas du néant comme le croient les créationnistes que sont les théologiens et les philosophes. La Résurrection n’est pas une création mais une reprise ou une relance de l’onde de vécu. L’Ascension est le sens phénoménal de la Résurrection, le noyau vectorial de toute levée, et relève avant qu’elle ne s’enferme en elle-même ou ne sombre dans la clôture d’un événement historiquement saturé... Résurrection n’a aucun sens empiriquement imaginaire ou factuel, ce n’est même pas un événement clos sur lui-même, mais un processus transfini de phases. Elle n’est même pas un événement qui se dresse si ce n’est par sa reprise idempotente, parce qu’elle est le tout premier commencement de l’événement, ce qui du flash du Logos sort du tombeau de la nuit, dont la radicalité d’émergence fait la christophanie. La Résurrection est certes achevée à chaque instant, mais elle se continue en nous sans se fermer ou s’enfermer. Elle n’est pas éternelle comme un actuel présent, on dira qu’elle est futurale... Comme disent les Évangiles, le Christ n’est pas vu ou visible par une opération des sujets, il se fait voir... La fidélité ne consiste pas à voir pour croire ni à croire pour voir, mais à être des sujets remplis par superposition de l’image du Christ plutôt qu’ils ne s’en remplissent par un acte intentionnel. La Résurrection est générique et peut donc être individuelle, mais pas l’inverse, et dans cette limite on peut dire que les fidèles sont des « voyants » en un sens voisin de la psychanalyse parlant d’« analysants ». Le Christ ressuscité est davantage une icône qu’une image perçue d’après la présupposition du monde, c’est le noème d’une intention générique, non-individuelle.
LARUELLE, 2014, CF
CROIX, Messianité, Ascension
La messianité est le contenu réel de la Crucifixion. Le contenu réel de l’Évangile n’est pas son contenu apparent, il doit être compris selon une « logique » algébrique ou « quartielle » plutôt que « partielle », comme un événement qui n’est ni total ni partiel. C’est moins un tournant ou une conversion de la pensée qui est ici exigé qu’un quart de tour négatif, « impossible » ou « irrationnel », une uni-version futurale ou une entrée dans la sphère de la vectorialité. Le quart de tour n’est pas une abstraction du cercle théologique, c’est un vecteur identifiable dans l’Ascension, qui est le moment souvent délaissé et le plus invisible du phénomène christique, le moins empirique ou le moins historique. Nous comprenons la Croix depuis la Résurrection et l’Ascension, non l’inverse, qui est confusion du mouvement réel ou futural du Christ avec le mouvement apparent du christianisme... La Résurrection et l’Ascension sont plus que premières, elles forment moins une inversion du cours historique qu’une uni-version ou une ultimation avant-première, générique plutôt que philosophique. Comme phénomène vectorial, l’Ascension ne peut pas entrer elle-même dans un ordre plus puissant qu’elle, le Ressuscité fait plus qu’inverser le sens empirique et rationnel de l’histoire, il l’uni-verse quantiquement et génériquement, transforme futuralement l’ordre en fonction de l’Un-en-Un qu’est le quart de tour imaginaire. Ainsi la Résurrection ou l’Ascension sont non-commutables avec l’histoire qui s’ensuit et qui prétend les englober. Le Réel du Christ sous-détermine l’ordre nouveau qui n’est plus déterministe, du passé vers le présent mais sans simplement l’inverser ou le nier puisque la Résurrection est futurale, et le Christ ressuscité le futurum, si l’on peut dire, ou l’ultimatum qui sous-vient au-devant des sujets-monde infidèles mais « évangélisables »... Le Christ est l’événement qui, sans détruire le cours général du monde, l’abaisse dans sa toute-puissance ou le transforme en le ré-orientant-messie. C’est pourquoi l’Ascension est ce qui sous-détermine la Croix et lui donne sa futuralité, les aspects de récit théâtral ou dramatique étant des effets secondaires... La Résurrection et par conséquent la Crucifixion sont profondément contraires à l’esprit de la tragédie et du sacrifice qui est celui de la philosophie... Comme événement de « réconciliation », la Résurrection serait un miracle assez misérable, un objet de croyance réglé par l’histoire et agité par les Églises, une sorte de happy end. Si le miracle existe, c’est dans une tout autre économie temporelle, sous une forme virtuelle autant que faire se peut mais il n’est ni premier ni dernier dans la série de l’histoire, il est avant-premier, étranger à cette histoire mais agissant en son sein.
LARUELLE, CF, 2014
Libellés :
2014,
Ascension,
Croix,
Crucifixion,
Messianité,
Quantique,
Résurrection,
Universion
CROIX, Ascension, Sacrifice
Le déterminisme historique de la théologie doit être mis en question. Il transforme le sacrifice du Christ en « cause première » du christianisme d’Église... Autre chose pourtant, un événement inouï a dû se produire virtuellement ou est en cours de sous-venue, la résurrection du Christ et son ascension, une nouvelle amplitude de l’histoire. Descente au tombeau, Résurrection et Ascension ne peuvent être que les phases d’un même événement et devraient pouvoir se lire, mais ils ne se liront justement pas, à même le vide du tombeau. Si la Croix se comprend sur le modèle de ce qui se passe dans une matrice générique, elle est plus complexe que le rite d’un ensevelissement et ne relève pas de la logique de séquences temporelles isolées ou reliées par l’imaginaire d’un « sens » qui serait finalement aux mains de Dieu... Le tombeau vide est une enceinte expérimentale qui appartient à la Croix c’est-à-dire au processus de la Résurrection, pas un fondement, elle fait partie des axiomes du programme qu’est la sous-venue du Christ vivant, si ce n’est que le christianisme s’est empressé de morceler cette venue et de la plaquer sur le « bon sens » d’une histoire à raconter aux croyants. La Résurrection elle-même est menacée si on la prend comme événement historique. Son isolation des autres moments, son institutionnalisation comme dogme fondamental et fondateur de la foi risque d’inverser sa futuralité et de reléguer l’Ascension au rang d’effet terminal et de conséquence, comme la résultante d’un processus, et de la transformer en objet de croyance fantastique. De notre point de vue, l’Ascension qui est souvent passée sous silence ou moins accentuée, comme un effet qui suit de la Résurrection, est avec celle-ci l’opération plus que fondamentale – avant-première – qui sous-détermine le sacrifice et la nuit obscure du Tombeau.
LARUELLE, CF, 2014
Inscription à :
Articles (Atom)