Lexique des Termes Premiers utilisés par François Laruelle dans le cadre de la "Non-Philosophie" ou "Philosophie non-standard". Résumés ou extraits.
jeudi 20 juillet 2023
PÉCHÉ, Croyance, Monde
mardi 11 juillet 2023
IDEMPOTENCE, Médiation, Messie
jeudi 18 mai 2023
CHRIST, Quantique, Foi
mardi 22 février 2011
MARXISME > Conjoncture
Le marxisme, une doctrine qui a échoué ? Il n'est pas question de laisser aux déserteurs (du marxisme ou de la pensée en général), ni inversement aux tenants du "retour", le soin de commenter le supposé échec du marxisme. La bonne démarche ne doit pas être de fuir le marxisme mais d'aller vers lui, et l'assumer dans une posture susceptible de donner l'explication de cet échec comme d'une nouvelle conjoncture. Les échecs du marxisme sont multiples, hétérogènes et incommensurables. Un échec de type scientifique ? En fonction du critère de Popper, l'hypothèse de son universalité aurait été contredite expérimentalement et infirmée, mais pour cette raison même elle conserverait sa positivité scientifique et ne serait pas la sanction d'une thèse métaphysique sur l'histoire. Un échec de type philosophique ? S'il y a une obsolescence philosophique du marxisme, elle n'a pas plus de validité que l'obsolescence continue des décisions philosophiques qui forment la tradition. Comme philosophie, le marxisme n'a pas d'objet, sinon l'Etre (comme matière), mais il veut aussi intervenir dans l'histoire qu'il ne fait que transcender ; c'est pourquoi l'échec était inévitable, mais ce n'est pas l'échec qui est mauvais, c'est la croyance qu'une philosophie particulière (le matérialisme dialectique) était la philosophie pour le prolétariat et donc pour l'homme. Or le marxisme n'est ni une science ni une philosophie séparées, mais l'unité des deux sur le mode encore divisé de la philosophie.
Pour nous la conjoncture adéquate est le marxisme inséparable de son échec autant qu'irréductible à lui : son échec supposé cesse d'être une simple supposition pour acquérir la réalité d'une conjoncture universelle. C'est donc notre conception mondaine de la conjoncture comme "historique" que nous devons transformer par une conjoncture qui ait la forme du Monde. Peut-être l'échec du marxisme est-il plus profond que son seul passage à l'acte ou au réel de l'histoire, peut-être y a-t-il un échec plus profond qui relève d'une illusion transcendantale propre à ce genre de théories encore dominées par la philosophie ? Le concept strictement marxiste de la conjoncture (lui-même historiciste, par exemple l'argument d'une "nouvelle donne capitaliste") ne peut expliquer l'échec. Il importe de forger un concept nouveau de la conjoncture, non plus comme simple accident ou présent historique mais comme mode de la pensée-monde, capable de servir de matériau non-historique, lui-même universel, au non-marxisme. Co-existant avec l'horizon du marxisme, lui co-appartenant, l'échec remplit alors une nouvelle fonction dite "occasionnale", non de simple occasion historique pour "renouveler" le marxisme à la manière des néo-marxistes, mais de causalité théorique ou d'invention d'un non-marxisme, d'une répétition-sans-retour.
La nouvelle occasionnalité définie est davantage qu'une simple opportunité (révision, refonte, etc.) : il ne s'agit plus d'intervenir (sur) mais d'inventer (à partir de). Il faut une découverte "inactuelle" (un Réel non-matériel et non-historique) pour faire apparaître son actualité future, à inventer. On ordonnera l'ensemble du matérialisme historique et dialectique non pas directement à cette nouvelle infrastructure mais à une théorie selon celle-ci et qui usera du marxisme comme d'un matériau de symptômes et de modèles restreints pour l'élaboration de ses propres catégories. Le marxisme est une théorie universelle du Monde, mais avortée, encore sous l'emprise d'une téléologie philosophique ; le problème de sa radicalisation sera d'isoler ce noyau d'universalité symptômale. (2000)
jeudi 21 mai 2009
RECHERCHE > Monde
Dans son devenir-monde la recherche a fini par s'affranchir des idéaux de la science mais pas de l'idéologie ni des contraintes du marché : l'auto-évaluation se met systématiquement au service de la production d'une plus-value de connaissance, de nature capitaliste et plus profondément philosophique.
Le devenir-capitalisme du monde s'accompagne d'un devenir-philosophie du monde, deux formes de mondialisation intimement liées. Certes la pulsion philosophique au devenir-monde est souvent niée par la philosophie elle-même…
La recherche n’est plus déterminée librement par le chercheur comme personne, c’est le chercheur comme « technicien » qui est déterminé par la recherche. Mais si le technicien-chercheur n’est plus un « savant » au sens classiquement philosophique du terme, il évolue encore dans un monde largement philosophique dont il partage les valeurs libérales.
De fait, à l'heure de la philosophie faite-monde, l'économie mondialisée de la recherche entraîne un nouveau mode d'être du chercheur sous le signe du harcèlement. Les chercheurs sont assujettis au contrôle libéral-capitaliste de la science, ce qui veut dire que la recherche-monde est une activité concurrentielle concourrant à la guerre globale.
La recherche d'entreprise devenue paradigme génère de nouvelles entités disciplinaires, de nouvelles mobilités et des finalités multiples, toujours provisoires. De son côté la recherche fondamentale perdure mais, n’ayant plus de paradigmes, avance en ordre dispersé : telle est la loi de la recherche-monde.
L'émergence des « sciences génériques » et de l’interdisciplinarité est un autre symptôme de la mondialisation de la recherche.
2008
mardi 11 novembre 2008
MYSTIQUE > Monde
2007
MONDE > Pensée-Monde
La philosophie a toujours eu une affinité spéciale avec le Monde comme sa dimension originaire (les Grecs et Kant) jusqu’à se réciproquer avec lui (Marx, le devenir-monde de la philosophie, le devenir-philosophie du Monde).
La distinction du Monde et de l’Un (ou de l’homme) est au cœur de la non-philosophie. "Dual" ou "Dualité unilatérale" signifie qu’il n’existe pas de réversibilité de la donation du Monde et du donné de l’Un, contrairement au postulat de la pensée unitaire.
Le Monde est l’Autorité des Autorités alors que l’Un définit l’ordre des Minorités ou des Etrangers. En ce sens, le Monde est radicalement transcendant à l’essence-Un de l’homme, et nous ne sommes pas au-monde.
La vision-en-Un manifeste la pensée-monde comme une sorte de forclusion du Réel qui ne saurait oublier celui-ci mais seulement l’halluciner et du coup halluciner son rapport de forclusion comme simple « oubli ».
Ainsi la non-philosophie échappe à la haine fascinée du Monde (la philosophie) qu’elle prend « tel quel », lui reconnaissant un « droit d’exister » au moins « occasionnal ».
1998
jeudi 9 octobre 2008
AUTRE > Monde
Dans la philosophie, l'Autre est mobilisé dans des opérations unitaires de déplacement et de renversement, de limitation et de coupure qui sont autant de modes de la positionnalité.
Au contraire, l'Autre non-thétique étant directement extrait des mixtes, privé par définition de toute position dans l'Etre, n'est jamais absolutisé : il reste simplement relatif au Monde comme support et signal. Cette fonction transcendantale de signal, endossée par le Monde pour l'Autre qui va en recueillir le sens, mais justement sans aucune transcendance ou continuité de l'un vers l'autre, résume l'essence duale (et non différantiale…) de toute communication.
1985