LARUELLE, CF, 2014
Lexique des Termes Premiers utilisés par François Laruelle dans le cadre de la "Non-Philosophie" ou "Philosophie non-standard". Résumés ou extraits.
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mardi 18 juillet 2023
CROIX, Ascension, Sacrifice
Le déterminisme historique de la théologie doit être mis en question. Il transforme le sacrifice du Christ en « cause première » du christianisme d’Église... Autre chose pourtant, un événement inouï a dû se produire virtuellement ou est en cours de sous-venue, la résurrection du Christ et son ascension, une nouvelle amplitude de l’histoire. Descente au tombeau, Résurrection et Ascension ne peuvent être que les phases d’un même événement et devraient pouvoir se lire, mais ils ne se liront justement pas, à même le vide du tombeau. Si la Croix se comprend sur le modèle de ce qui se passe dans une matrice générique, elle est plus complexe que le rite d’un ensevelissement et ne relève pas de la logique de séquences temporelles isolées ou reliées par l’imaginaire d’un « sens » qui serait finalement aux mains de Dieu... Le tombeau vide est une enceinte expérimentale qui appartient à la Croix c’est-à-dire au processus de la Résurrection, pas un fondement, elle fait partie des axiomes du programme qu’est la sous-venue du Christ vivant, si ce n’est que le christianisme s’est empressé de morceler cette venue et de la plaquer sur le « bon sens » d’une histoire à raconter aux croyants. La Résurrection elle-même est menacée si on la prend comme événement historique. Son isolation des autres moments, son institutionnalisation comme dogme fondamental et fondateur de la foi risque d’inverser sa futuralité et de reléguer l’Ascension au rang d’effet terminal et de conséquence, comme la résultante d’un processus, et de la transformer en objet de croyance fantastique. De notre point de vue, l’Ascension qui est souvent passée sous silence ou moins accentuée, comme un effet qui suit de la Résurrection, est avec celle-ci l’opération plus que fondamentale – avant-première – qui sous-détermine le sacrifice et la nuit obscure du Tombeau.
lundi 26 juin 2023
CHRIST, Non-commutativité, Christianisme
1. La superposition du Christ (de ses paroles) et de la théologie gréco-judaïque, l’addition des paroles christiques et de la théologie doit générer le noyau du discours christique mais dans sa version théologique tandis qu’inversement le discours théologique est transformé, plié ou ordonné à ce principe ou à cette opération. 2. Pourquoi n’est-ce pas une simple imitation réciproque et spéculaire, une transformation simultanée, pourquoi le Christ fait loi et dans cette opération reste le Même sans se laisser affecter par le discours théologique, pourquoi y a-t-il transformation de la seule parole judéo-grecque pour être rendue adéquate à la personne du Christ ? Un autre principe accompagne celui de superposition, lui donne son sens et ses limites, l’explicite dans ses conséquences, c’est celui de la non-commutativité du Christ et de la philosophie ou de la théologie judéo-grecque. Autrement dit toute théologie est ou bien de l’ordre de l’imaginaire philosophico-religieux, une formation imaginaire qui nous sert de matériau, ou bien si nous en élaborons une nouvelle et scientifique en fonction de Christ et de cet imaginaire comme matériau. C’est ce que nous appelons l’unilatéralisation du christianisme qui assure d’autre part la défense du Christ contre le christianisme. La non-commutativité permet de comprendre la forclusion de la messianité au cours du monde et de l’histoire.
LARUELLE, 2014, CF
jeudi 18 mai 2023
EN-CHRIST, Parole, Oraxiome
Entre le Jésus évangélico-mondain et le Christ comme type de la posture chrétienne, il y a le corpus des paroles fondamentales que tient en principe le premier. Or Jésus lui-même a démontré dans la résurrection le sens exact de sa posture et il est donc l’inventeur non seulement spontané de cette posture mais son théoricien... Nous travaillons certes avec des concepts, impossible de faire autrement, mais au service d’une tout autre pensée de type scientifique... Ainsi nous ne thématisons pas ni n’interprétons le sens supposé caché de ses paroles, si ce n’est pour découvrir ce qui y est simplement implicite, en vue de nous fournir en matériau, car le Christ dit tout clairement avec une évidence qui n’est pas celle des savants mais celle des simples (ceux que nous appellerons les « Idemsachants »)... A fortiori nous le lisons contre tout fondamentalisme, philosophique ou évangélique. Nous dégageons sous la forme d’axiomes subjectifs ou de vécus axiomatiques (« oraxiomatiques ») la cohérence non-philosophique des logia si facilement capturés par la philosophie qui aime prendre en charge les paroles populaires des simples afin de les « relever ». Avec ces paroles simples et non philosophiques, Jésus se fait Christ sans avoir besoin de la dialectique paulinienne, il exprime son identification à cette sortie hors du religieux, celle du Christ « en » lui-même... Pourtant le Christ est un événement de pensée « réel », il détermine et transforme en son objet de la pensée reçue, il « accomplit » les discours religieux... C’est une contingence historique mais lourde que l’immanence du rapport crucial de l’homme et du monde ait été reformulée par le Logos et la Torah, par la Philosophie et la Loi, que son message ait donné lieu à une religion nouvelle qui maintenant le recouvre et le dissimule.
LARUELLE, 2014, CF
EN-CHRIST, Science, Christianisme
Plutôt qu’une théologie accompagnée d’un minimum de foi ou qu’une foi accompagnée d’un minimum de théologie, toujours plus ou moins bien suturables en extériorité, nous comprenons la théologie comme expérience vécue au sens contemporain de l’expérience, justement comme expérimentale et abandonnant ses normes de validité philosophique mais non pas toute philosophie... Une telle inflexion plus que simplement « vécue » mais formalisée de la théologie comme œuvre opérée en chacun des fidèles signifie le congé donné à l’Église comme appareil de médiation et à la théologie comme appareil d’Église... La formule « philosopher en Christ » résonne comme l’affect d’une distance impossible à combler mais qui doit l’être, l’appel d’un blanc en quelque sorte radical, d’un manque dans lequel justement l’Église et la théologie qui ont horreur du vide se sont précipitées comme médiations destinées à resuturer l’ensemble de la formule... Le terme qui manque parce qu’il est étranger à la philosophie et à la théologie du Christ, est celui de « science » dont pourtant un autre terme témoigne de manière précise mais illisible par la théologie et ses présupposés ontologiques transcendantaux, c’est celui de « en », « en-Christ », qui indique une immanence du Christ et une insertion du philosopher et donc du théologiser dans cette immanence. Ce que nous allons appeler la matrice générique ou encore christique est l’appareil de nature scientifique et expérimentale (physique et plus précisément quantique) qui réussit le démembrement du doublet théo-christo-logique et l’inclusion de la théologie elle-même en cette immanence qui porte le nom de Christ... Le Christ n’est pas seulement un modèle religieux à imiter dans son existence ou ses souffrances, le fondateur d’une nouvelle religion qui ne cesse de revenir l’interpréter et le solliciter, mais l’auteur de logia qui doivent être lus comme les protocoles et les axiomes d’une nouvelle science des humains en tant que par ailleurs ils sont voués comme êtres de croyances et de rites au monde. À ce Christ-là on soumettra la pensée religieuse comme on soumet un objet aux principes d’une science. Nuance importante, ce n’est pas la religion chrétienne, encore moins la « science chrétienne », qui est cette science des autres religions, c’est le Christ qui énonce les protocoles d’une science pour toutes les religions, christianisme compris. Le christianisme n’est ici qu’une religion que l’on dira « formelle » ou encore « première », à mettre sous condition elle aussi christique... Pourquoi parler d’une « science du christianisme » et des autres religions ? La foi a-t-elle jamais apporté une science ou bien supporté d’être l’objet d’une science ? Des raisons historiques assez superficielles peuvent nous mettre cependant sur la voie. L’événement-Christ n’est rien d’autre que celui de l’émergence de la foi contre les croyances gréco-païennes et judaïques qu’elle est seule capable de transformer afin de les mettre à portée générique des humains, et cette lutte contre les croyances au nom de la foi entretient avec la science moderne, c’est-à-dire la physique, les rapports les plus étroits. Si philosophie et mathématique depuis Platon se tiennent la main comme jumelles en miroir, foi et physique mathématique le font encore autrement et signent ensemble l’entrée dans la modernité cartésienne de la certitude subjective (Heidegger)... La conjoncture, théorique au sens le plus large, ayant beaucoup changé, cette association dispose de moyens différents et peut se proposer de nouveaux objectifs... Conjuguée avec l’impératif luthérien, cette nouvelle perspective ne peut signifier que le congé donné à la philosophie comme contemplation exclusive ou théoriciste de la foi.
LARUELLE, 2014, CF
vendredi 28 avril 2023
CHRIST, Christianisme, Religion
"Nous luttons sur deux fronts, celui du théoricisme socratique et de la sagesse ontologique, celui de l’éthique judaïque et de la Loi. Ces héritages religieux fondateurs sont des variables hétérogènes, le Réel comme Idée ou bien comme Loi n’a pas chaque fois la même portée, comme si l’on pouvait choisir l’un comme l’autre indifféremment. Mais la lutte contre le christianisme est encore d’une nature un peu différente, plus complexe, s’amorce avec lui un déclin de la transcendance la plus escarpée dans la médiation, une sorte de rebroussement vers l’immanence (et qui aura des effets politiques ou « gnostiques »). L’idéal et la possibilité d’une « vie » immanente sont apparus sans doute dans un contexte religieux, mais le christianisme est peut-être la seule religion qui peut se nier elle-même, s’immanentiser, s’intérioriser au point de nier sa transcendance divine par l’incarnation comme mort du Dieu transcendant, comme sacrifice de l’ancien fonds religieux au profit du sujet-Christ livré à la solitude et l’abandon. De cette immanentisation radicale qui se « retourne » comme sous-venue positive, nous pourrions tirer la possibilité d’un non-judaïsme et d’un non-christianisme, au total d’une non-philosophie... Le problème du « philosopher en Christ » n’est pas résolu tant que philosopher n’est pas « en-Christ », mais reste dans la priorité de l’Idée. L’Incarnation est le modèle ou la modélisation (justement) d’une véritable avant-priorité du Réel si immanent qu’il se sépare du Tout. Christianisme et judaïsme ne sont que relativement opposés à la philosophie, l’un par une immanence sans vrais moyens, l’autre par l’excès de la transcendance. L’en-Christ suppose la dissolution des mélanges religieux païens qui revivent dans les christologies philosophiques. La nouvelle formule directrice est philosopher, judaïser, et peut-être « mathématiser », si l’on veut bien comprendre la formule en-Christ comme en-Un. La vraie formule, celle qui aura rempli un blanc ou un vide abusivement caché et comblé par la philosophie, est donc « sous-philosopher en-Christ ». Nous n’entendons pas le « en- » comme incarnation transcendante mais comme vécu (d’)immanence qui est le réel de l’incarnation. Il ne s’agit pas d’un Christ historique ni d’un Christ idéalisé par la religion ou platonisé par la philosophie, mais du Christ comme sujet-Étranger ou Fils de l’Homme-en-personne. Pour tirer quelque chose de nouveau du christianisme lui-même, et le tirer « en-Christ », il faut comprendre le récit des Évangiles comme modélisation d’un Christ radicalement immanent et dédoubler le christianisme en une christo-fiction générique et un christo-centrisme qui aura été sa modélisation religieuse... Le Christ annonçait la fin non du judaïsme mais de toute religion et peut-être du monothéisme pour un mono-humanisme générique... Christ n’est pas le critique des religions, il est leur consumation comme immanentes ou vécues, qui les laisse à l’état de résidus c’est-à-dire de symptômes et de modèles aux fonctions secondaires."
LARUELLE, CF. 2014
LARUELLE, CF. 2014
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mardi 11 novembre 2008
NON-CHRISTIANISME > Christianisme
Comme tout système organisé, le christianisme est constitué par une ligne de partage (d'ailleurs mouvante) entre une orthodoxie unique, censément détentrice de la vérité, et des hérésies multiples, à la fois en-dehors et au-dedans du système.
Le "Principe d'Eglise Suffisante" s'applique au christianisme en tant que régi par une faction dominante (l'"Eglise") ayant décidé de la dissidence des autres (les hérésies).
Le non-christianisme va plutôt remodéliser le christianisme à partir de sa variante hérétique (utilisée comme occasion), et réaliser ainsi en-l'Homme la théorie unifiée du christianisme et de l'hérésie (plutôt que l'unité supposée de l'orthodoxie et de l'hérésie dans le-christianisme).
Les trois sources du christianisme futur sont prélevées dans le-christianisme historique : 1) le primat du savoir sur la foi, d'après la gnose, redéfini en-l'Homme ; 2) l'expérience hérétique en général de la séparation d'avec le Monde ; 3) la notion orthodoxe de salut christique, radicalisée dans le sujet-Christ.
Les trois sources du christianisme futur dessinent un programme de recherche pour établir : 1) la primauté de l'Homme-en-personne, 2) unilatéraliser le-monde et suspendre le Principe d'Eglise Suffisante, 3) "humaniser" le monde en la figure du Christ Futur non-chrétien.
2002
Le "Principe d'Eglise Suffisante" s'applique au christianisme en tant que régi par une faction dominante (l'"Eglise") ayant décidé de la dissidence des autres (les hérésies).
Le non-christianisme va plutôt remodéliser le christianisme à partir de sa variante hérétique (utilisée comme occasion), et réaliser ainsi en-l'Homme la théorie unifiée du christianisme et de l'hérésie (plutôt que l'unité supposée de l'orthodoxie et de l'hérésie dans le-christianisme).
Les trois sources du christianisme futur sont prélevées dans le-christianisme historique : 1) le primat du savoir sur la foi, d'après la gnose, redéfini en-l'Homme ; 2) l'expérience hérétique en général de la séparation d'avec le Monde ; 3) la notion orthodoxe de salut christique, radicalisée dans le sujet-Christ.
Les trois sources du christianisme futur dessinent un programme de recherche pour établir : 1) la primauté de l'Homme-en-personne, 2) unilatéraliser le-monde et suspendre le Principe d'Eglise Suffisante, 3) "humaniser" le monde en la figure du Christ Futur non-chrétien.
2002
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