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mercredi 22 mars 2023

SCIENCE, Pratique, Technologie

"L’hypothèse qui guide la description du NET et bien évidemment la critique de celui-ci, c’est que la réflexion sur les sciences, les techniques et la philosophie est grevée ordinairement par un pré-supposé gréco-occidental de fond qui est un pré-supposé unitaire : on postule l’unité, fût-elle lointaine, de la science et de la philosophie, l’unité de tous les savoirs sous l’autorité du logos. Unité lointaine, perdue et déchirée ; unité à retrouver dans une fondation, une légitimation ou une critique philosophiques de la science, etc. Nous avons été conduits au contraire à postuler une dualité irréductible du logos philosophique et du savoir scientifique et, par conséquent, – les deux choses font système – la possibilité pour la science de se fonder elle-même, de se légitimer et de se critiquer sans recourir aux bons offices de la philosophie. Nous avons postulé une science particulière, rigoureuse dans son ordre, mais transcendantale ou « auto »-fondatrice et capable de mener une critique des technologiques... L’essence scientifique-transcendantale de la pratique telle que nous l’entendons ne se confond pas avec la forme ou le type de l’Indécidabilité ou de la non-séparabilité que le technologue et le philosophe ont en commun sous le nom de « techno-logique ». C’est bien un Indécidable, un Un par conséquent, mais pas un indécidable fonctionnel, syntaxique (syn-taxique) et techno-logique : un Indécidable qui est, lui, identiquement une expérience transcendantale irréfléchie, rigoureuse et « naïve » au sens scientifique du mot... C’est une donnée immédiate présupposée par tout savoir objectivant sur la technique. Ce n’est pas l’Autre évidemment, ce n’est pas un inconscient du logos technique ou philosophique, c’est plutôt le sujet actuel et inaliénable de la pratique. Pas le sujet d’un savoir transcendant, une nouvelle fois, pas un Cogito, mais un Agito (j’agis, j’existe) qui est donné de manière absolument immanente à soi dans l’agir, sans aucune distance, transcendance, scission ou néant, etc. ; savoir non-thétique (de) soi qui est un savoir absolu ou rigoureusement fondé. Ainsi : l’homme n’est pas une pièce de la machine, il n’est pas aliéné dans la technique…"

LARUELLE, 2020, NET 

NET, Science, Philosophie

"Notre projet est plutôt de renoncer à toute « philosophie de la technique », et de faire passer la ligne de démarcation critique ailleurs qu’entre la techno-logie et elle-même... Où passera cette nouvelle ligne, si elle doit dissocier le mixte lui-même ? Entre la science, qui est un savoir réel, et le logos qui ne l’est pas tout à fait... Dans le NET, nous mettrons donc d’un seul côté les philosophies de la technologie avec leurs potentialités de déviation, de généralisation, d’illusion, de méconnaissance, etc…, et, sinon la « technologie » elle-même, du moins les sciences de la technique. Et de l’autre côté – cela seul montre l’enjeu – la science qui est dans la technique ou le fondement scientifique, c’est-à-dire, probablement, la réalité, le réel de/dans la technologie, et ce qui, de celle-ci, est vécu de manière immanente par le sujet (de) la science, à savoir l’agir pratico-technique."

LARUELLE, 202O, NET 

dimanche 19 mars 2023

NET, Science, Technologie

"Le NET est une double manifestation du technologique : 1 ) d’une part comme tel, ou appréhendé circulairement depuis lui-même. C’est le discours, lui-même techno-philosophique, d’accompagnement des technologies ; accompagnement inévitable. C’est la scène, la mise en scène par lui-même du technologique (l’époque du surtechnologique) ; 2 ) sur le fond invisible par définition, hors-transcendance, de la science comme côté réel et naïf des technologies : celles-ci sont alors du même geste privées de réalité, réduites à l’état de reflet d’un réel qui n’est jamais donné là en personne : c’est la déréliction ou l’abandon du technologique par la science et par l’homme comme sujet (de) la science ; l’affect de leur hiatus et de leur impossible synthèse (contre la « techno-science ») ; quelque chose comme une déréalisation des technologies par la science et pas seulement une déréalisation du monde par les technologies... On distinguera donc dans le NET le survol illimité de-soi de l’existence devenue technologique et, de l’autre côté, une finitude radicale qui affecte de l’extérieur toute la sphère technologique, une déréalisation qui est le signe le plus sûr de son côté réel... 
Comme infrastructure réelle des rhizomes technologiques, la science est l’expérience de l’enracinement du survol, de la semi-réflexivité et de l’ascendant technologiques dans un trou noir plus réel, mais plus absent ou plus invisible, que toute archi-terre... La science peut seule démontrer à la technologie que l’homme n’est pas réellement aliéné par celle-ci. Non-aliénation qu’il est nécessaire de bien saisir dans sa « possibilité » transcendantale : ce n’est pas la science, et donc l’homme, qui se retirent ou se soustraient à l’emprise technologique – encore une forme subtile d’aliénation –, c’est la technologie qui s’éloigne de l’homme par un effet qui a son origine dans la science seule... De plus ces deux tendances doivent entretenir des rapports très précis qui ne sont plus philosophiquement maîtrisables. Ni les rapports vagues de la « techno-science »... Mais un rapport unilatéral, un non-rapport aussi bien, de « Détermination en dernière instance »... La perception que nous avons de la « techno-science » dans sa prétendue unité, est l’apparence d’une identification. Elle repose sur une dualité irréductible, et celle-ci se fonde à son tour plus originairement dans une identité (du) réel (et) (de) la pensée –, encore plus cachée aux regards de la philosophie que toute identification, parce que c’est le sol secret de la science."

LARUELLE, 2020, NET

NET, Technologie, Science

"Sous le sigle de NET (Nouvel Esprit Technologique), on propose la description du rapport contemporain de la pensée occidentale à ses technologies... On propose en même temps et sur cette base une critique de la raison technologique, une évaluation de ce qu’il y a de pensable et peut-être d’impensable dans notre expérience technologique. Il n’est pas sûr que « la » technologie, en sa simplicité, existe, c’est peut-être un fantasme nourri par la philosophie. La thèse principale de cet ouvrage est que ni cette description, ni cette critique ne sont possibles en dehors d’une référence à la science et d’abord d’un renouvellement de notre compréhension de l’essence de la science...
Thèse 1 : Le NET ne se confond pas avec le seul côté technologique des phénomènes. C’est là une thèse dirigée contre l’Idéalisme technologique, contre le « tout-technologie » théorique qui gouverne la plupart des recherches en ce domaine...
Thèse 2 : Le rapport du technologique à la science est ce qu’il y a de fondamental ou de spécifique dans le phénomène du NET... Le NET tient son originalité du scientifique en lui plutôt que du technologique...
Thèse 3 : Il faut renoncer aux facilités théoriques du faux concept de « techno-science »... Ce vocable est le symptôme d’un problème, celui des rapports exacts de la technologie et de la science, ce n’est pas sa solution comme on le croit... On a, une fois de plus, intériorisé et réquisitionné le scientifique dans le technologique, on l’a laissé impensé pour avoir cru le penser à travers celui-ci.
Thèse 4 : L’Idéalisme technologique se développe sur le fond d’une non-élaboration de l’essence de la pensée scientifique."

LARUELLE, 2020, NET

TECHNOLOGIE, Philosophie, Interface

"L’affect du NET est le sentiment d’accélération et de complexification croissantes des processus sociaux en général et les effets « idéologiques » qui en dérivent... Il y a une plus grande extériorité ou altérité des effets ou des retombées dans une machine sophistiquée, un matériau nouveau, un découpage plus fin du temps, que dans l’outil simple... De là un mode de croissance multi-dimensionnel qui se propose d’intégrer dans toute nouvelle technologie, si fine soit-elle, le maximum de retombées hétérogènes. La grande loi ou l’impératif est : tout doit être possible, la seule règle est la combinaison maxima des dimensions et des possibles... Les technologies modernes, justement parce qu’elles mettent en jeu des micro-éléments techniques et physiques, produisent des effets de surface étendus. Elles sont performantes, excessives et sensationnelles... Que signifient l’« interface » et la « frontière » ? Le principe de l’interface est le suivant, c’est justement un principe de la raison ou du logos philosophique : entre deux machines ou deux systèmes, si éloignés soient-ils apparemment (ce peut même être deux institutions) on peut toujours introduire une nouvelle machine qui fera la connexion plus directe, plus immédiate, mais aussi plus dense et plus médiatisée, des premières entre elles, et formera ainsi un continuum technologique. La technologie a horreur du vide : elle se confond avec l’innovation elle-même, ce n’est pas seulement un moyen de l’innovation, mais celle-ci même. C’est là sans doute la description de phénomènes biens réels – du moins bien « objectifs ». Mais dans quelle mesure les théoriciens de la technologie, par exemple les philosophes, n’en rajoutent-ils pas sur ce pouvoir de connexion et de formation de systèmes partiels, sur cette possibilité d’innovation, jusqu’à en faire la seule essence de la technologie réelle ? Le NET est un argument supplémentaire à l’idée que l’homme est mort, que c’était une figure historique qui s’efface dans l’excès et la banalisation techniques. C’est peut-être sur ce point que devrait porter une critique radicale."

LARUELLE, 2020, NET

NET, Apriori, Philosophie

"Les définitions cumulatives des technologies sont des symptômes du NET... Nous devons les éviter et faire la théorie de cette indétermination que nous considérons comme positive au sens où un objet scientifique doit l’être... Elle tient non pas tant au fondement scientifique des technologies qu’à leur caractère justement techno-logique, à l’élément de logique philosophique immanente (de continuité, de croisement, d’unité, de sur-détermination, d’identification, etc.) qui traverse les techniques... C’est la tendance au « tout-technologie » en tant qu’elle est inscrite de manière immanente dans la production et le fonctionnement technologiques eux-mêmes... S’il fallait donner la différence spécifique des technologies modernes par rapport aux anciennes « techniques », et la différence spécifique du NET, on dirait que c’est la rencontre de la mathématique et d’un apriori technologique comme pulsion transversale, co-extensive au corps social et se greffant sur la mathématisation du réel... Ce que l’on appelle NET, ce n’est pas seulement la prétention de toute technique à devenir techno-logique et à s’étendre, se continuer, régner, etc., c’est au moins le fait que n’importe quel phénomène est animé par cette pulsion techno-logique (pulsion de la continuation plutôt que « loi de la continuité ») et que celle-ci donne lieu à une généralisation encore supplémentaire sous la forme d’une idéologie technologiste... L’Apriori technologique a donc la forme d’une non-séparabilité, d’un indécidable. D’une part c’est un objet philosophique et peut-être même le principal. D’autre part la techno-logie contemporaine – c’est ce qui la met en état de rivalité (imaginaire ?) avec la philosophie est l’usage scientifique de cet Apriori... Le NET est simplement la confusion de ces deux usages, scientifique et philosophique ou « tout-technologique », de l’Apriori (l’Indécidable). Confusion de son usage réel et de son usage philosophique, c’est-à-dire « idéologique », abstrait de ses conditions d’exercice scientifique et rapporté à soi-même dans un geste classique d’auto-position."

LARUELLE, 2020, NET

TECHNOLOGIE, Apparence objective, NET

"Nous distinguons plusieurs éléments hétérogènes dans le vocable « technologie » dont nous décomposons ainsi l’apparence unitaire : a) le techno-logique comme apriori des technologies et de « la » technologie ; c’est un mélange ou un mixte de la technique et du logos gréco-unitaire ; b) l’usage scientifique du techno-logique, sa réduction ou sa limitation mathématique et physique ; c) l’usage philosophique de cet apriori du techno-logique, usage qui le libère des sciences et le rapporte à lui-même : le technologisme, le tout-technologie. La confusion de ces deux usages définit le NET. Autrement dit « la » technologie et même « les » technologies, ce sont des concepts auxquels rien de réel ne correspond, sinon une apparence objective. Ils n’ont de valeur que nominale et indicative, à l’intérieur de l’illusion unitaire qui prétend reconstituer une pareille sphère autonome de « la » technologie. N’existe réellement à sa manière que cette apparence objective et ce qui la détermine en dernière instance, la science... Cette Apparence techno-logique objective pose l’existence de mixtes techno-scientifiques, et tend à annuler la distinction de l’infrastructure réelle et de la superstructure technologique au profit de celle-ci. Une critique de la Raison technologique rétablit cette distinction."

LARUELLE, 2020, NET