Lexique des Termes Premiers utilisés par François Laruelle dans le cadre de la "Non-Philosophie" ou "Philosophie non-standard". Résumés ou extraits.
vendredi 23 décembre 2011
SUPERPOSITION > Ondulation
SUPERPOSITION > Soustraction
CONSTANTE GENERIQUE > Sujet-Etranger
GNOSE > Science générique
lundi 11 juillet 2011
MATERIALISME > Marxisme
Le marxisme est un genre philosophique, enfant du platonisme plutôt que de l'aristotélisme. En effet le matérialisme ne s'intéresse pas à l'étant particulier et n'opère pas de transcendance méta-physique (extatico-horizontale), règne de la réflexion et de la réciprocité ; il se place d'emblée au niveau de l'Etre, en l'occurrence la Matière qui fait figure ici d'Intelligible. Au niveau de la transcendance extatico-verticale, quasi-unilatérale, le matérialisme inverse le primat des instances allant désormais de l'Etre-Matière vers l'Un-Pensée. L'Un-Autre platonicien devient synonyme de conscience et d'idéologie.
La dyade fondatrice du matérialisme n'est pas méta-physique mais épékeina-physique, sous la forme d'une inversion de la dualité Multiple ou Matière / Un en dualité Réel / Représentation. Il n'y a pas seulement inversion des primautés, mais unilatéralisation et fixation partielle de la réciprocation par la "base" matérielle.
Pour autant la coupure matérialiste est une variante de la décision philosophique. Les conditions philosophiques du matérialisme sont 1) celles de la philosophie en général comme idéalisme ou platonisme, 2) celle d'une coupure ("matérialiste") exercée par la philosophie sur elle-même, refoulante d'un idéalisme partiel. Le matérialisme, prisonnier de la transcendance, est incapable de penser l'Un-en-Un ou l'immanence radicale. Le matérialisme marxiste peut bien se présenter comme un "platonisme du Réel", il n'est pas encore suffisamment immergé dans le Réel pour pouvoir se passer de la foi philosophique. Seule une non-philosophie permet de retrouver les prémisses (non-platoniciennes) du marxisme dans l'Un et la Détermination-en-dernière-instance. (2000)
lundi 13 juin 2011
CONNAISSANCE > Réel
Matrice scientifique de la connaissance : soit un X donné sous sa forme philosophie-monde, il est donné-en-infrastructure ou en-immanence et en même temps uni-latéralisé ou séparé-sans-séparation (de) soi. La matrice se présente sur le mode réel du donné, hors de tout idéalisme, en sorte que la connaissance théorique n'est pas une simple représentation de l'objet connu limitée à sa donation empirique ; elle s'explique d'abord par le rapport immanent de la cause (réelle) de la théorie à son objet propre. La posture théorique, plutôt immanente et uni-faciale, ne consiste pas en un face-à-face avec l'objet mondain. C'est plutôt la matrice philosophique de la connaissance qui se caractérise comme rapport transcendantal à l'objet-monde.
La connaissance est une oeuvre concrète et pratique (de) pensée, pas une modification du Réel. Donc la dualité unilatérale qui sépare le réel de la connaissance interdit toute "adéquation" de la connaissance au réel, mais non pas des effets d'adéquation au matériau Monde, qui ressortissent justement à la philosophie. Si le réel de-dernière-instance est la matrice de la connaissance, celle-ci peut être dite "en"-dernière-instance. La connaissance, ayant sa matrice dans le réel, se fait identité en-dernière-instance de la science et de la philosophie. (2000)
VERITE > Réel
A l'aune du Réel-Autre, cette semi-immanence, le rapport Réel / Pensée est recoupé et complexifié par le nouveau rapport Réel / Objet de connaissance : tel est le bénéfice limité de la "coupure épistémologique" (Althusser). Le matérialisme est symptôme d'une nouvelle pratique de la vérité déterminée par le Réel, mais il faut radicaliser la distinction althussérienne entre objet réel et objet de connaissance, réalité et concret-de-pensée. Critiquer, d'une coupure, l'illusion idéologique ou logocentrique (Derrida) ne permet pas de rendre le Réel radicalement autonome par rapport à la philosophie (ni à donner à l'apparence philosophique son autonomie relative)
La matière est le symptôme du vrai-sans-le-mixte-du-vrai-et-de-la-vérité, c'est-à-dire le vrai sans vérité énonciative. L'Un est ce vrai anté-véritatif, cause de-dernière-instance ou encore présupposé déterminant aussi bien l'Etre que la Vérité. En découlent la non-consistance du Réel comme vrai et la non-suffisance du Vrai comme condition négative, nécessaire mais insuffisante, de la vérité non-marxiste. (2000)
PRATIQUE > Non-Marxisme
A la pratique-division (Hegel), le marxisme a tenté de substituer la pratique-différence (Althusser) : primauté du Réel sur la pratique (celle-ci déterminée en-dernière-instance par celui-là), et primauté de la pratique sur la théorie.
Mais l'action révolutionnaire a tendance à conserver la philosophie dans le sujet-action, même quand elle fait mine de l'évincer : c'est toujours l'immanence philosophique à l'œuvre. Le marxisme a toujours combiné un matérialisme contemplatif (déterminant) à un idéalisme pratique (transformant). Le non-marxisme substitue à ce couple celui d'une détermination (par le) Réel (comme identité) et d'une transformation du Monde (lui-même plutôt que ses représentations).
Marx enferme la pratique dans une ontologie de l'actualité et de l'effectivité. Même lorsque la pratique marxiste se veut immanente et "performante", elle reste prise dans un procès dialectique ou "mouvement réel" et "état de choses" sont convertibles. En non-marxisme, la pratique "en soi" n'a pas d'autre terrain que l'en-infrastructure qui la détermine, de sorte que "pratique" se dit proprement de la nouvelle dualité uni-latérale de la "matière" et de la pratique, ou de pratique et de la théorie. Dans la pratique comprise comme syntaxe selon-le-Réel (l'uni-latéralité elle-même), s'unifient en-dernière-instance la théorie et la pragmatique. En-pratique, et selon la structure même de la détermination-en-dernière-instance, le sujet est identiquement théorique et pragmatique. L'essence pratique de la dialectique est la dualité uni-latérale : celle-ci manifeste l'identité (de) côté du côté dialectique. La contradiction ne s'explique pas génétiquement (sauf auto-position idéaliste), pas plus qu'elle ne va dialectiquement vers une solution : elle reçoit une explication théorico-pragmatique sous la forme (d'essence pratique) de la dualité unilatérale.
Il faut distinguer uni-latéralement la praxis (le Performé-sans-performation) et la pratique proprement dite, la première étant la cause négative, nécessaire mais non suffisante, qui détermine la seconde comme performation. Par exemple chez Althusser la pratique se constitue d'éléments divisant l'immanence, à défaut d'être déterminés par elle. Dans le marxisme, la force de travail est donnée technologiquement au même titre que les moyens de production, alors qu'elle est l'organon simple de l'infrastructure. Au final, les pratiques différentielles théorisées par Althusser ne font droit ni à l'autonomie relative de chaque pratique, ni à leur multiplicité ouverte de droit. Au contraire le non-marxisme distingue la praxis comme oeuvre immanente de l'infrastructure réelle, et sa fonction pratique auprès des processus technologiques. En tant que pratique, le non-marxisme met en oeuvre une transformation du processus-monde.
La pratique non-marxiste n'est rien d'autre que la dualyse des différents ordres de réalité : le Réel ou l'infrastructure, la pratique comme sujet, et l'effectivité du Capital-Monde.
Quelle performation, quelle transformation ? Le non-marxisme transforme les conflits sociaux effectifs en symptômes ou modèles, tout en relativisant la consistance du Capital-Monde (et pas seulement de l'"idéologie"). Transformer le problème de la sortie hors de la philosophie en pratique non-philosophique, changer le révolutionnaire en sujet hérétique.
2000
mardi 3 mai 2011
NON-MARXISME > Coupure
La coupure épistémologique entre science et idéologie, trop empirique, n'est que le symptôme d'une coupure plus radicale entre théorie unifiée et théorie unitaire. Toute décision non-marxiste en général est le clone d'une coupure épistémologique, dans sa double composante d'évènement singulier et de procès continu. Mais le paradigme (post-moderne) de la coupure, identifiant le Réel à l'Autre, ne convient plus à la pensée uni-latéralisante (selon l'Un), étant lui-même justement unilatéralisé. Cette science transcendantale qu'est le non-marxisme n'a pas seulement pour objet une idéologie (Althusser), elle se présente comme théorie et pragmatique de la pensée-Monde.
NON-MARXISME > Problématique
Le non-marxisme ne peut pas être rabattu sur une problématique de type structurale (Althusser). La problématique est une structure transcendantale absolue de production théorique. Sa constitution propre est celle de la "différence" et son matériau est le "discours". C'est une double articulation, horizontale et verticale : celle du trait différentiel (sémantique ou ontologique) d'abord, comme base quasi-ontologique, puis celle des différentes problématiques hiérarchisées ou emboîtées. La problématique émerge elle-même en tant qu'Autre théorique. La problématique est l'axiomatique du matérialisme historique, censée lui apporter sa philosophabilité. Au contraire, si la théorie unifiée (NM) est la condition de possibilité transcendantale du marxisme, elle n'est pas absolue et n'engendre pas le marxisme, qu'elle transforme seulement. Elle n'est plus l'émergence de la théorie (philosophie) comme Autre, mais celle du non-marxisme comme Un (de) l'Autre.
NON-MARXISME > Axiomatique
Marx et Freud proposent une quasi-théorie unifiée, en substituant à l'approche synthétique des sciences qui caractérise la philosophie, une quasi-axiomatisation transcendantale - car la théorie unifiée est d'abord celle de l'axiomatique scientifique et de l'axiomatique philosophique. "Transcendantal" se dit ici de la théorie en tant que déterminée-en-dernière-instance par le Réel. Tandis que dans le marxisme cette forme semi-axiomatique demeure celle de la thèse ou la "position" (matérialisme oblige) se posant elle-même comme réelle...
Les axiomes non-marxistes se présentent comme des fonctions transcendantales ou des sujets-Etrangers théoriques, tandis les catégories matérialistes restent partiellement intuitives, et donc absolutisées dans la pensée-Monde.
Du prolétariat au sujet-Etranger et du désir de révolution à l'hérésie non-révolutionnaire, l'axiomatique universelle du non-marxisme doit pouvoir interpréter conjoncturellement et traduire l'un dans l'autre tout marxisme passé ou à venir, sans l'appauvrir quantitativement mais en traitant ses axiomes comme autant de symptômes.
NON-MARXISME > Théorie
La mauvaise compréhension du style théorique du marxisme a induit bien des erreurs d'évaluation, des déviations et des effets d'orthodoxie. Chaque déviation, qui provient du surinvestissement d'un aspect, témoigne d'une prétention philosophique à l'englobement.
La théorie unifiée, elle, utilise ses sources comme autant d'aspects unilatéralisés et déterminés par le Réel : la théorie est un clonage producteur d'aspects radicaux ou d'identités uni-latérales. L'aspect n'est pas autre chose que l'Identité de l'hérésie.
Rappelons que l'"infrastructure" au sens non-marxiste comprend dans un ordre strict : l'un-identité, l'uni-versalité (donnant la pensée-Monde), et l'uni-latéralité (faisant de la pensée-Monde une identité). Ainsi chaque source parallèle doit être portée en-dernière-instance aux trois caractères de la base réelle : un-identité, uni-versalité, uni-latéralité - elle y acquiert alors une force d'hérésie.