LARUELLE, 2014, CF
Lexique des Termes Premiers utilisés par François Laruelle dans le cadre de la "Non-Philosophie" ou "Philosophie non-standard". Résumés ou extraits.
jeudi 20 juillet 2023
MESSIANITÉ, Réel, Futur
Le vécu messianique est un donné mais, comme il n’est ni le rien ni le quelque chose, son mode d’être-donné est spécial, il vient-sans-venir, il naît-sans-naissance de manière immanente, du fond futural de lui-même. Est-ce à dire qu’il est objet d’attente, promesse en attente de sa réalisation ? Inattendu parmi l’inattendu, en deçà de l’attente même, la messianité est le Réel futural plutôt que la réalisation, même si le Réel sous-vient de manière immanente sans revenir à soi, restant ce rien d’être qu’il a toujours été... Le vécu est radicalement étranger pour le Tout, indifférent plutôt qu’absolument étranger, mais venant-Étranger pour le Tout. S’agit-il d’admettre sans plus le Réel ou de le poser comme axiome ? Mais s’il rend possibles ou sous-détermine des axiomes, il n’est pas lui-même l’objet de simples axiomes, il est radicalement an-axiomatique et an-hypothétique sans être cet absolu de transcendance du Bien. Il serait plutôt en deçà de l’essence, plus secret et futural que tout en deçà. Pour le dire encore autrement que de manière platonicienne, le Réel n’est pas an-axiomatique ou an-hypothétique, c’est l’axiome qui est plutôt sous-déterminé unilatéralement ou en-dernière-instance.
MESSIANITÉ, Paganisme, Lutte
Le simple vecteur de la messianité doit s’achever ou se compléter par la foi du sujet-fidèle, par le messie en lutte avec le monde. Devenir messie ou fidèle en-dernière-instance implique ou conditionne la lutte contre le paganisme « catholique » ou plus généralement religieux, contre la croyance et le fétichisme qui objective de manière transcendante la foi. L’ancienne religion grecque et polythéiste était un paganisme aux yeux des monothéismes, mais ce sont maintenant les monothéismes hyper-transcendants qui sont d’orgueilleuses substances par rapport à la foi qui transit le Christ... Le flux messianique de la foi doit s’achever par notre devenir-fidèle en état de lutte contre ce que nous ne sommes que trop, les croyants-du-monde.
LARUELLE, CF, 2014
PÉCHÉ, Croyance, Monde
La superposition vectoriale est la messianité comme fidélité de l’immanence (à) soi. L’événement-Christ fait émerger une science nouvelle parce qu’elle est la science du monde comme objet de la croyance, monde dont l’Être, l’Un, l’Idée ou la physis sont les modalités. Le monde est l’objet gnostique par excellence, mondialisation ou pas. La confusion de la foi et de la croyance, de la messianité et du monde est le désastre qui affecte la foi telle que révélée par le Christ, les confessions chrétiennes étant les agents et les consommateurs qui rendent « décohérente » la foi comme croyance. Bien évidemment cette décohérence destructrice est le contenu réel du « péché originel », qui est sa projection mythique... Le mécanisme de la croyance, anastrophe plutôt que catastrophe, c’est justement l’orgueil des religions, la perte du générique par l’excès de transcendance qui leur fait interpréter le péché comme une chute, alors que c’est plutôt une tentative d’élévation et de surcroissance, une négation de l’état générique des humains niant les conditions de leur salut.
LARUELLE, CF, 2014
mercredi 19 juillet 2023
FIDÉLITÉ, Christ, Ultimatum
Pourquoi l’égalité du Christ et des fidèles dans la messianité ou dans la foi n’est-elle pas un être-commun général ? Le principe de non-commutativité nous oblige à les distinguer et à nommer le Christ en sa science autrement que « simplement » fidèle. Il est le fidèle de-dernière-instance, ou l’avant-premier fidèle. Et tout fidèle, s’il suit le Christ, d’une part n’est plus quelconque, mais s’éprouve comme communauté et corps générique – c’est la posture de la foi libérée de la hiérarchie consubstantielle à l’ecclésio-centrisme, aux Églises et aux sectes – et d’autre part mérite d’être nommé lui aussi fidèle de-dernière-instance. Pour le dire encore autrement, Christ et le fidèle sont un ultimatum posé comme ultimation de la foi ou comme fidèles-en-lutte. Ultimatum qui est le contenu du nouveau kérygme comme annonce faite au monde d’une « stérilisation » par fidélité des grandes cités spirituelles, l’entêtée Jérusalem, la transcendantale Athènes, la mystique Byzance et la catholique Rome qui les ré-unit. Le fidèle eschatologique vaut messie, n’importe quelle parole fidèle est un ultimatum apposé aux portes des Églises.
LARUELLE, CF, 2014
DIEU, Christ, Sujet
Comment contracte-t-on une dualité philosophique quelconque ou théologique comme celle de Dieu et de l’homme, comme le doublet théo-christo-logique si on ne la contracte pas ponctuellement comme mort de Dieu ou mort du sujet ? Le retrait de Dieu ou sa mort est un redoublement subreptice par invagination de la transcendance extatique. Le Christ est la superposition de Dieu et du sujet, son œuvre immanente est de les « additionner » de manière idempotente en sa personne de telle sorte que leur distinction, leur discernement et leur individuation deviennent impossibles. La superposition n’est évidemment pas une identification totale et imaginaire de Dieu et du sujet se mirant l’un dans l’autre, identification qui est au fondement de la mystique et de l’idéalisme philosophiques dits « allemands ». Elle procède autrement, sans spécularité ni spéculation. Elle réduit le premier à l’état de flux vectorial d’immanence évanouissante, disparaissant de l’horizon de la transcendance, et le second à l’état de sujet agi par le flux messianique. En Christ, Dieu et le sujet ont le même vécu duel, un seul vécu-pour-deux qu’ils partagent sans le diviser.
LARUELLE, CF, 2014
FIDÉLITÉ, Messianité, Homme
Dès qu’il est ressaisi et statufié par le religieux, le Christ comme émergence de cette science de salut semble laisser son œuvre en quelque sorte inachevée, ce qui a pu susciter l’espoir ou l’imagination d’un retour, d’un second essai non plus militant mais triomphant. Mais si le fidèle est nécessaire pour rendre intelligible ce savoir qu’il est, c’est aussi en tant qu’il achève par sa fidélité cette science-en-Christ sans la fermer, qu’il somme ces vecteurs sans l’épuiser... Il n’y aura pas de retour ni même de nouveau tournant apocalyptique de l’Histoire, la messianité comprise rigoureusement avec des moyens d’ordre plus scientifique que mythologique épuise une fois chaque fois son essence et ne multiplie ses effets qu’en fonction des occasions. En revanche la science-en-Christ exige que nous n’allions plus au monde que par elle c’est-à-dire par la foi, et sa force est toute de lancée droite et unifrontale... Nous les humains, nous sommes la face unique de la messianité, nous sommes des messies unifaciaux et non des messies individuels fondateurs de secte. C’est à nous les fidèles d’achever ou d’actualiser la messianité, nous sommes les fidèles de-dernière-instance parce que nous sommes agis, sans doute, mais par le non-agir christique. Notre foi est éternelle comme cet agir, elle n’a rien de passager et contingent comme nos croyances.
LARUELLE, 2014, CF
MESSIE, Christ, Retour
La question n’est pas, que dois-je attendre de la venue ou du retour du Christ comme d’un envoyé providentiel, comment l’attendre et quand viendra-t-il, que puis-je espérer, moi homme mondain ? Ces questions sont de croyance, philosophiques et désespérées, une réponse et même une telle question sont ici la destruction immédiate de la messianité... En revanche il est toujours possible de formuler des oraxiomes sur le non-être de la messianité à laquelle nous participons, sur son inexistence et son secret puisque le secret est oraxiomatiquement formulable, quoique forclos à la théologie. C’est pourquoi nous disons qu’il sous-vient comme générique plutôt qu’il ne le de-vient philosophement, plutôt qu’il ne sur-vient comme un héros ou un « sauveur » et plutôt aussi qu’il n’intervient comme une « providence » dans le cours du monde. Nous non plus, car il s’agit en réalité de nous, « chrétiens », nous n’avons pas à le devenir ni à l’être au sens substantiel ou bien subjectif de ces philosophèmes, comme on est ou devient philosophe. Nous avons à sous-venir comme ce que nous sommes, des fidèles qui peuvent être parfois des « sans-religion »... Par sa messianité la science-en-Christ ne cesse de sous-venir d’une incessance de venue, c’est sa forme d’actualité et d’éternité. Il n’y a pas de « retour » du Christ, encore moins un éternel retour, mais une éternité de sous-venue qui se suffit, qui n’est pas une attente judaïque vide et passionnée.
LARUELLE, 2014, CF
CLONAGE, Transcendance, Messianité
Comme Dernière Instance, la messianité est une superposition et donc un processus de relance vectoriale, la reprise fait partie de son essence même. Chaque relance une fois chaque fois sous-détermine la double transcendance théologique qu’elle traverse et dont elle est relativement inséparable, abaissant sa puissance à l’état particulaire... Nous savons que la messianité est un phénomène ondulatoire qui traverse de manière immanente, sous la forme « tunnel », donc en ascendant mais sans transcender une seconde ou une nouvelle fois à l’infini les montagnes de la transcendance... Mais l’effet de la messianité ne se résume pas au seul passage, ce passage de l’immanence vectoriale à travers la transcendance détache de celle-ci ou la réduit à une forme simplifiée qui ne s’ajoute pas à la transcendance, c’est plutôt sa transformation par soustraction ou abaissement de sa nature de doublet. La messianité est ondulatoire et donc relève de la vectorialité et du nombre imaginaire noté racine carrée de -1 qui a un effet soustractif. L’effet de ce passage immanent est de réduire le corpuscule à une transcendance simple, de supprimer le doublet d’origine. On dira que la transcendance simple est la forme-clone de la transcendance double, que le sujet-fidèle est le clone du sujet transcendant(al) de la philosophe. Le clonage est une répétition elle-même immanente de la transcendance, donc soustractive ou dépotentialisante... La véritable force du clone est qu’il se détache des données du monde pour acquérir un statut théorique et ontologique (« réel ») plus élaboré, il est onto-vectorial. Le sujet-fidèle est sous condition messianique et peut transformer le monde, ce sont ses « œuvres », parce qu’il est le premier transformé par la messianité. Le fidèle est « à l’image » du Christ et nullement à celle de Dieu. Le clonage est le passage des sujets de l’image de Dieu à celle du Christ.
LARUELLE, CF, 2014
SUJET, Générique, Christ
Entre la science comme Christ et la philosophie, entre le flux de la messianité et l’individu qu’elle sous-tire à l’enfer du monde et transforme en fidèle, le « sujet » est une notion ambiguë qui a plusieurs aspects ou passe par plusieurs phases. Récapitulons. D’une part il y a le Christ avant-premier comme science-sujet générique ou Dernière Instance, c’est la superposition de la condition algébrique minimale, l’idempotence, et du vécu qu’elle neutralise. Ce vécu est d’origine doxique quelconque mais, devenu générique ou non-égologique, non-individuel, il est passé à l’état de messianité immanente. Sa forme générique exclut la forme-conscience ou la forme-ego qui sont rejetées comme représentations mondaines ou contraires à la nature ondulatoire de la messianité. Il y a donc un vécu générique du Christ comme science, le Christ n’est pas un individu singulier du monde ni une entité ontologique, son universalité qui prend en charge les humains est d’une autre nature que celle de la philosophie qui « prend en souci l’étant en entier ». Mais il peut toujours être confondu par la philosophie elle-même avec le sujet transcendant de celle-ci. La philosophie a tout intérêt à confondre les deux états, messianique et philosophique, générique et général, sous le nom de « sujet » et de là à lui identifier l’homme en général ou l’humanité abstraite... D’autre part, à l’autre extrémité, celle du monde, il y a justement le sujet philosophique mondain qui se croit en soi ou se veut « suffisant ». Mais sa fonction ou son usage sont désormais complexes. À la philo-théo-logie et à leurs divers sujets, la science-en-Christ accède de droit et lève toute suffisance, fait tomber en-immanence ou en-messianité toute transcendance... On appelle aussi « occasionnelle » cette variable libre de la fonction messianique et qui joue le rôle de symptôme. Mais entre ces deux « sujets », l’un comme Christ pleinement générique, ou messianité, l’autre simple occasion du salut générique, il y a le sujet fidèle configuré par la messianité, le messie qui hante le monde. Ce sujet est ce qui est transformé du symptôme par l’immanence messianique, c’est le sujet fidèle ou en-lutte contre les croyances du monde... Il est celui qui est sauvé et qui donc peut être à nouveau happé par le monde et son attraction. Le salut ne peut pas être un acte absolu ou « religieux », sans prémisses, comme prétend l’être la création ex nihilo. C’est bien une grâce mais nous distinguons entre une grâce absolue, autoritaire et tissée dans les présupposés gréco-judaïques, et une grâce radicale qui prend les humains à leur racine vectoriale. Comment pourrions-nous être « sauvés » si nous ne l’étions pas déjà sans le savoir, ou sans être ce savoir du salut qui ne se connaît pas encore actuellement ? Si la messianité possède un certain agir, c’est de sauver les humains et d’en faire des messies... La damnation est de croire que rien ne peut nous sauver parce que nous ne savons comment, par quels moyens et par qui nous le sommes. Nous sommes l’épreuve du salut dont nous ignorons presque tout. Pourtant nous avons le sentiment d’avoir été sauvés malgré notre ignorance longtemps maintenue des moyens nécessaires pour l’avoir été. « Dieu fait homme » ou « l’homme fait messie » ?
LARUELLE, CF, 2014
SCIENCE, Sujet, Fusion
La science cherchée ici est celle de la philosophie comme objet mais elle doit inclure un aspect de celui-ci dans sa problématique ou son dispositif... Aucune science ne peut se réduire à son axiomatique toujours trop courte, son axiomatique n’est jamais suffisante pour une science qui reste ouverte à un dehors, ici la science reste ouverte à des mutations ou à des énoncés nouveaux de la philosophie, et même simplement à sa « suffisance » ou à sa prétention à exister en soi et pour soi. Abandonnant l’idéal du tout-axiomatique comme suffisant, nous sommes obligés d’admettre que cette science ne peut présenter ses deux principes majeurs d’usage quantique qu’en les interprétant une première fois en fonction du sujet ou du vécu, supposé donc déjà inclus non thématiquement dans les principes eux-mêmes. Idempotence et non-commutativité ne peuvent être simplement des propriétés algébriques « brutes » mais sont élevées à l’état de principes scientifiques et doivent être comprises comme tels. La fusion de la Dernière Instance est donc inscrite dans la description de ces principes... L’idempotence peut être décrite ou se décrire elle-même comme un sujet silencieux ou semi-parlant, sous-pratiquant la philosophie, Logos et Torah. Elle se décrit alors comme de l’« analytique fort » et du « synthétique faible », l’un au bord de l’autre, ou comme médiat-sans-médiation, comme mi-lieu générique qui n’est pas une moyenne entre les deux composants religieux, mais justement leur dualité unilatérale. Comme analytique fort, elle fusionne, c’est sa « force » (faible), avec le sujet comme donnée extérieure mais sous la condition de le réduire analytiquement au seul vécu ou de le reproduire analytiquement seulement comme vécu. Comme synthétique faible, elle fusionne avec le sujet, mais en s’augmentant du seul vécu sans s’augmenter de l’ego qui tombe hors de l’analytique. La fusion requiert les deux aspects, analytique et synthétique mais se modérant l’un l’autre, c’est la condition d’un « Même » générique enfin non-philosophique.
LARUELLE, CF, 2014
mardi 18 juillet 2023
DIEU, Messianité, Générique
On peut imaginer le sacrifice auquel l’ancien Dieu a dû consentir lui-même pour devenir grâce messianique. Le Dieu-Autre ou l’« Autre-homme » a dû pouvoir se superposer aux humains pour les transformer, devenir principe de Même, idempotence c’est-à-dire fidélité à toute épreuve, abandonner ses rêves de toute-puissance et de création du monde. Il a fallu un forçage, mais tout immanent. Contre les philosophes, le Dieu universel devient générique, contre les juifs, le Dieu-Autre abandonne sa hauteur ou à la rigueur refuse d’envoyer son Fils à la mort. Il a fallu que le Dieu juif devienne grâce immanente, que l’Autre sous-vienne comme ce Même qui ne revient pas et auquel sa fidélité suffit. Comme générique, le Fils est plus que « rencontre » dialectique, il est la superposition de l’homme et de l’ancien Dieu qui va permettre à l’homme-monde de participer à la messianité. En sa personne, Dieu se plie à la loi de l’immanence nécessaire à la science, les hommes abandonnent leur individualité et sous-viennent libérés de leur ego. Qu’est-ce que le salut sinon la sous-venue dans le sein de l’immanence générique c’est-à-dire du Christ ? Non pas tant la perte de son ego que de la suffisance de cet ego, l’obéissance à la Nouvelle Loi de la messianité.
LARUELLE, CF, 2014
DIEU, Sacrifice, Croix
La nouvelle Loi est en cours et à l’œuvre en chacun de nous, qui sommes à ce titre messie, la messianité est en sous-venue pour accomplir la Loi en la personne du Christ et non pas extérieurement... Dieu trouve alors une nouvelle fonction, il est le masque qui dissimulait la possibilité d’une science des religions, il l’empêchait de pouvoir s’établir. C’était à sa manière un Malin Génie qui rendait la science impossible et laissait faire l’imaginaire psycho-religieux... L’on passe à la science-sujet non-chrétienne par le sacrifice de la transcendance divine, sacrifice de Dieu qui sur la Croix abandonne sa transcendance en se superposant aux humains... Cet aspect sacrificiel est l’effet d’abaissement ou de dépotentialisation par la superposition c’est-à-dire de la sous-venue transfinie du Christ ressuscité. Dieu est-il « mort » ? Plutôt transformé, ayant perdu son statut de grand manipulateur, mais pas à cause du monde et de la société nihiliste avec laquelle il s’entend assez bien et peut passer des contrats ou des concordats. Une science des humains a été inventée chez les gnostiques, une constante générique découverte qui a repris à Dieu sa place de constante et fait éclater le doublet théo-christo-logique. Le « sacrifice » de Dieu permet aux humains d’incarner à leur tour la constante ou la Loi... À partir de là, tous les hommes sont égaux, mais génériquement, ce n’est pas une égalité abstraite à la manière de l’universalité paulinienne, ils sont égaux en-dernière-humanité comme sujets génériques dans la science.
La dualité générique assemble unilatéralement Dieu ayant sacrifié sa transcendance et le sujet libéré de la servitude de la Loi mais toujours (sous)-déterminé comme obéissant. Dieu sacrifiant son Fils c’est une image juive du sacrifice, le Fils tuant le Père et le sublimant d’autant mieux c’est une image grecque du sacrifice, le Père sacrifié ou abaissé pour que naisse le Fils, c’est la vérité gnostique... Dieu doit être abaissé ou son origine sacrificielle elle-même suspendue, c’est tout ce que la science peut exiger de la religion et de lui, pas sa « mort » métaphysique ni son refus athée et matérialiste.
LARUELLE, CF, 2014
ASCENSION, Dieu, Christ
L'ascender vectorial a pour effet d’abaisser d’une toute nouvelle manière et définitivement la transcendance, la réduisant à une forme simple ou particulaire. L’Ascension est donc aussi abaissement de la divinité que la théologie supposait absolue du Christ. Elle donne son sens à la Croix, la rend nécessaire comme abaissement de Dieu, l’Ascension du Christ ne supprime pas la dimension divine du Christ qui se substituerait à Dieu ou lui emprunterait sa place, mais elle abaisse cette dimension ou la soustrait à son image spéculaire, détruit donc le doublet théo-christo-logique. Le Christ est complémentarité unilatérale de l’ascendance messianique et de l’abaissement de la croyance qui assiège la foi des fidèles. L’Ascension est l’amplitude christique de la pensée, non un événement extérieur et merveilleux. Il n’y a pas de dialectique de l’Ascension et de l’Abaissement mais un ascender pour ne plus transcender indéfiniment... Dans la perspective quantique, l’Ascension est la superposition du Père et du Fils comme entités complexes ou vectoriales, plus exactement la superposition du Fils comme vecteur du quart de tour et du Père réduit au Fils, à ce qu’il reste de divin dans le Ressuscité c’est-à-dire à la messianité générique. Comment, dit vulgairement, le Fils n’engendrerait-il pas le Père ? Ou plus scientifiquement, comment la communauté générique des Enfants ne serait-elle pas la déduction immanente de la vie du Père ?
LARUELLE, 2014, CF
CROIX, Quart de tour, Vecteur
Pourquoi dans le récit historique le quart de tour imaginaire n’a-t-il aucune fonction particulière, génétique et vectoriale ? Pourquoi l’Ascension disparaît-elle comme moment théorique fondamental entre la Crucifixion et la Résurrection supposée achevée ? Justement parce que la lecture théologique est historique et se calque sur le cours du temps ou le cours du monde que parcourt le cercle de la Croix comme déjà donné positivement, cercle répété dans les sacrifices achevés et fermés, susceptibles de répétition. En revanche le quart soustractif définit la vectorialité ou la fonction d’onde qui a lieu hors de l’espace circulaire et lui donne sa matérialité de vécu-sans-vie. Lui seul peut définir le vecteur d’état de l’événement-Christ et redresser, et plus encore c’est-à-dire inclure et conditionner le cours du monde dans le sens futural de salut. Le quart de tour met en jeu un vecteur comme module et phase, c’est par rapport à la représentation théologique un vecteur « imaginaire » et complexe qui se situe dans un autre espace que le perçu et le géométrique... Justement, l’ébranlement du cercle du monde et de son auto-perception commence par la mise en croix convexe et non plus par la convexité du cercle lui-même, la mise en relief convexe de la Croix exige la division en quarts, première opération qui annonce l’ébranlement du vieux monde et des anciennes formes archaïques de sacrifice. Mais perçue comme convexe ou exorbitée, à plus forte raison comme concave ou inorbitée, la Croix est encore un mélange gréco-judaïque dominant le christianisme. Lorsque le quart sera enfin compris quantiquement non plus comme convexe mais comme lui-même concave ou racine carrée de -1, lorsque la puissance théologique de la Croix sera elle-même anéantie ou la Croix abaissée et le cercle théologique avec elle, privée de sa puissance positive et mortifère comme grand objet de croyance, le Christ aura accompli sa sous-venue, achevé sa migration hors du sein du Père. Auront triomphé la messianité et la fidélité. Resteront au titre d’apparences objectives de la croyance et de la théologie, le sinistre face-à-face des anciennes figures de la domination autoritaire et barbare que sont Dieu et la Croix de son Fils comme le calvaire qu’il aura lui-même dressé.
LARUELLE, CF, 2014
ASCENSION, Résurrection, Création
Résurrection et Ascension sont des phénomènes de matérialité et trouvent leur dernière explication dans un ascender, essence de l’acte vectorial de superposition ondulatoire qui reste le Même comme idempotent. Évidemment ce n’est pas supprimer ce qu’il y a de « miraculeux » en elles car la notion d’un ascender ondulatoire idempotent, analytique fort et synthétique faible, est tout aussi mystérieuse qu’elles, mais aussi naturelle que l’algèbre de la quantique. L’Ascension non-extatique correspond à la propriété algébrique de l’idempotence et c’est une Surrection pure, qui, comme toute loi scientifique, n’a pas en un sens d’autre justification qu’elle-même, finalement axiomatique... Pourquoi ne pas autant s’étonner de cette propriété merveilleuse de l’algèbre qui prescrit, une fois matérialisée, que toute immanence est ascendance ? que s’il y a un plan d’immanence il ascende, sans doute à cause de sa nature qui est vectoriale ou angulaire et l’assujettit à une phase ?... La Résurrection n’est pas une nouvelle création ou sa répétition, mais la toute première fois où justement il y a enfin une création dans ce monde qui ne soit pas la répétition d’une procédure mondaine ou d’un phénomène rebattu de la pensée. Les gnostiques commençaient à penser plus rigoureusement mais encore religieusement, ils pensaient la création divine comme ratée, il devait y en avoir une autre par le Christ pour enfin réussir celle qu’un Dieu défaillant avait manquée. Mais pour les gnostiques quantiques il n’y a jamais eu de création du monde ou dans le monde, c’est le monde qui est « méchant » ou « mauvais » et par voie de conséquence Dieu qui a prétendu le créer et hésite parfois à l’assumer. Mais le Christ est l’avant-première création de nouveauté et qui prend l’ordre des choses par où il faut le prendre, par la futuralité qui n’est pas dans l’ordre du temps, sinon à le hanter comme un Étranger, le seul qui vienne de plus loin que d’Élée... Quant au Tombeau, il recueille celui qui fut un vivant et qui va recevoir cette fois le vécu-sans-vie... L’Ascension à la fois emporte et abandonne le cadavre... Si l’on contracte comme indivisibles les phases du récit des Évangiles, on obtient un Christ de Schrödinger, le Ressuscité et son cadavre étant superposés. Mais l’Ascension est plus intimement encore sous la condition de la résurrection en ce qu’elle relance le vécu comme soustrait à la vie, absence qui n’est pas une idéalisation. Le Tombeau vide = 0, représente ce que nous appelons le vécu-sans-vie, délivré du sujet humain et du corps individuel. Le vécu lui-même n’est pas une généralisation qui peut être attribuée à quantité de phénomènes non-humains, il se distingue de la vie quelconque, c’est du vécu au sens générique donc humain. L’humain est vivant, sans doute, mais c’est la vie rendue humaine comme dirait Marx, et aussi la mort rendue humaine c’est-à-dire vécue. Et si le vécu matérialise l’ascender, celui-ci comme superposition est la forme même du vécu et distingue la « vie » rendue humaine ou générique des autres formes de vie. Quant à la Résurrection, elle est bien celle des « corps », manière de s’opposer à tout idéalisme grec, encore qu’il s’agisse toujours d’une lecture en fonction du monde et non de l’Ascension. Ce n’est certainement pas la séparation de l’âme-comme-Idée et du corps matériel, ni même le dédoublement d’un corps spirituel et d’un corps mondain telle une génération de fantômes ou de morts-vivants. C’est une séparation de la vie abandonnée au monde et du vécu qui lui est enlevé et superposé avec soi. Seul le vécu-sans-vie saisi par l’idempotence peut ascender ou se faire ascension. La vie est morte, le vécu est ressuscité, non pas recréé mais séparé de la-vie-la-mort.
LARUELLE, 2014, CF
INSURRECTION, Messianité, Soulèvement
L’insurrection est un phénomène vectorial, une matérialité vécue structurée algébriquement ou encore plus intuitivement un ascender ou un phénomène ondulatoire naissant. Et le propre de l’ondulatoire est d’être un ascender sans extase objective. L’insurrection est avant-première et met l’ordre historique de la résurrection ou de la révolution se voulant premières sous condition. C’est la tâche des fidèles de soulever le monde comme une vague et de l’expirer comme un souffle. Les révolutions sont la manière dont l’histoire respire et souvent meurt d’étouffement. La messianité n’a jamais été une diachronie plus ou moins directe, mais un soulèvement dont l’effet est de réduire les dominations et de les conduire à leur chute dans l’immanence... Le modèle vectorial permet de penser le pur soulèvement sans le référer à un site, ce n’est même pas l’événement comme partie d’un site nommé, il n’est pas plus é-vénement qu’ex-istence, que l’ex- qui est une répétition du ex nihilo de la création, un résidu théologique. La surrection est une ascendance ou une phase qui ne va pas encore à la trans-cendance, le surgissement de l’ex-sistence en tant qu’il ne va pas à l’extase se perdant dans l’objet. Autant l’existence se referme en soi et se sature du monde, autant le sous-lèvement n’est pas encore affirmation de l’existence mais son abaissement. Le sous-lèvement est ce qui sous-vient sous la levée, ce qui se lève sans se relever. Le soulèvement n’est ni ontologique ni existential mais humain et générique, en tous cas c’est ce qui sous-détermine et ne relève pas... L’immanence de l’onde comme ascender simple ne se voit pas comme se voit la particule. Son angularité de phase ou son inapparente épaisseur n’apparaîtra que plus tard avec la chute de la transcendance, et d’ailleurs apparaîtra comme verticalité inversée, comme la chute de la grande idole... Ascente vectoriale de l’immanence et descente de la transcendance corpusculaire non pas en elle-même mais en-immanence, ces deux phénomènes vont ensemble... Quant à la « chair » qui est d’emblée « incarnation », elle est cette non-séparabilité et cette non-localité du clone comme particule, portée ou apportée par l’onde de vécu. Autrement dit, la foi est la chair elle-même en tant que corrélat de la messianité et sous-déterminée par elle. Le corps glorieux ou la chair fidèle sont le même.
LARUELLE, 2014, CF
Libellés :
2014,
Événement,
Existence,
Insurrection,
Messianité,
Soulèvement,
Transcendance
ASCENSION, Superposition, Fils
L’« ascender » vectorial du Fils ne peut être que la superposition du Père et du Fils, avec la mort du Père autoritaire, persécuteur et sacrificateur... La plus grande prudence est nécessaire dans le cri « Christ est ressuscité ! » qui répond au constat du Fou nietzschéen « Dieu est mort, nous l’avons tué »... Nous devrions pouvoir dire non pas « Christ est ressuscité, nous l’avons ressuscité ! », mais « Nous sommes ressuscités en-Christ »... La foi est l’expression de la superposition du Père et du Fils sous le Fils dans l’Ascension, comme si l’idempotence du Fils se substituait à la toute-puissance du Père.
LARUELLE, CF, 2014
RÉSURRECTION, Mort, Ascension
Nous manquons d’une phénoménologie scientifique c’est-à-dire quantique de la mort et de la résurrection. Ressusciter peut se dire en grec soit « éveiller » soit « relever » ou « se relever ». Il s’agit dans ces infimes nuances de la différence entre une interprétation vectoriale et une interprétation dialectique qui se fonderait finalement sur l’ontologie de l’être et du néant. La vectoriale s’oppose à l’idée de la mort absolue, de la mort-néant, au tombeau-comme-vide-absolu et éventuellement au travail du négatif qui fait la substance d’abstraction de ces théories. Elle la conçoit comme mort radicale ou « maladie à la mort » (Kierkegaard), celle d’où Lazare est tiré par Jésus lui ordonnant de se lever. La mort doit donc être un fond moins abyssal que ce qu’en postulent les philosophes (Hegel, Heidegger, Badiou), moins un tombeau vide qu’une crypte, qu’un « tombeau-comme-vide » habité de cadavres, occupés par des corps victimisés. Quant au lever, relever, se relever, très peu de chose le distingue évidemment de l’éveil gnostique ou chrétien, voire du réveil et de la sortie grecque du sommeil des morts. Entre relève des concepts, relève d’une garde, relais d’une course, lever des enfants ou levée des corps, toutes les amphibologies sont possibles. Toutes ces nuances ont en commun la forme d’une ascension mais une seule a la forme et la simplicité vectoriale d’une phase, d’une ascension non-extatique comme simple amorce d’une transcendance qui ne se ferme pas ou d’une mouvance ouverte qui peut se clore ou s’achever sur soi mais pas en soi... L’interprétation vectoriale de la Résurrection retrouve ce que cette opération a de dynamique, d’ascendance sans extase (racine carrée de -1) c’est-à-dire de messianique. La messianité du facteur-messie est l’origine radicale de la Résurrection, l’Ur-Transcendenz qui n’est pas encore la transcendance du « Dasein » ni l’« Ur » d’où… Abraham est parti. La messianité est ce qu’il y a de continu, sinon de répétable, dans la levée subjective, d’émergence ou de « relève » à partir non pas du fond du tombeau vide mais du vide comme fond du Tombeau... On revient du tombeau inerte et « mort » mais pas du néant comme le croient les créationnistes que sont les théologiens et les philosophes. La Résurrection n’est pas une création mais une reprise ou une relance de l’onde de vécu. L’Ascension est le sens phénoménal de la Résurrection, le noyau vectorial de toute levée, et relève avant qu’elle ne s’enferme en elle-même ou ne sombre dans la clôture d’un événement historiquement saturé... Résurrection n’a aucun sens empiriquement imaginaire ou factuel, ce n’est même pas un événement clos sur lui-même, mais un processus transfini de phases. Elle n’est même pas un événement qui se dresse si ce n’est par sa reprise idempotente, parce qu’elle est le tout premier commencement de l’événement, ce qui du flash du Logos sort du tombeau de la nuit, dont la radicalité d’émergence fait la christophanie. La Résurrection est certes achevée à chaque instant, mais elle se continue en nous sans se fermer ou s’enfermer. Elle n’est pas éternelle comme un actuel présent, on dira qu’elle est futurale... Comme disent les Évangiles, le Christ n’est pas vu ou visible par une opération des sujets, il se fait voir... La fidélité ne consiste pas à voir pour croire ni à croire pour voir, mais à être des sujets remplis par superposition de l’image du Christ plutôt qu’ils ne s’en remplissent par un acte intentionnel. La Résurrection est générique et peut donc être individuelle, mais pas l’inverse, et dans cette limite on peut dire que les fidèles sont des « voyants » en un sens voisin de la psychanalyse parlant d’« analysants ». Le Christ ressuscité est davantage une icône qu’une image perçue d’après la présupposition du monde, c’est le noème d’une intention générique, non-individuelle.
LARUELLE, 2014, CF
CROIX, Messianité, Ascension
La messianité est le contenu réel de la Crucifixion. Le contenu réel de l’Évangile n’est pas son contenu apparent, il doit être compris selon une « logique » algébrique ou « quartielle » plutôt que « partielle », comme un événement qui n’est ni total ni partiel. C’est moins un tournant ou une conversion de la pensée qui est ici exigé qu’un quart de tour négatif, « impossible » ou « irrationnel », une uni-version futurale ou une entrée dans la sphère de la vectorialité. Le quart de tour n’est pas une abstraction du cercle théologique, c’est un vecteur identifiable dans l’Ascension, qui est le moment souvent délaissé et le plus invisible du phénomène christique, le moins empirique ou le moins historique. Nous comprenons la Croix depuis la Résurrection et l’Ascension, non l’inverse, qui est confusion du mouvement réel ou futural du Christ avec le mouvement apparent du christianisme... La Résurrection et l’Ascension sont plus que premières, elles forment moins une inversion du cours historique qu’une uni-version ou une ultimation avant-première, générique plutôt que philosophique. Comme phénomène vectorial, l’Ascension ne peut pas entrer elle-même dans un ordre plus puissant qu’elle, le Ressuscité fait plus qu’inverser le sens empirique et rationnel de l’histoire, il l’uni-verse quantiquement et génériquement, transforme futuralement l’ordre en fonction de l’Un-en-Un qu’est le quart de tour imaginaire. Ainsi la Résurrection ou l’Ascension sont non-commutables avec l’histoire qui s’ensuit et qui prétend les englober. Le Réel du Christ sous-détermine l’ordre nouveau qui n’est plus déterministe, du passé vers le présent mais sans simplement l’inverser ou le nier puisque la Résurrection est futurale, et le Christ ressuscité le futurum, si l’on peut dire, ou l’ultimatum qui sous-vient au-devant des sujets-monde infidèles mais « évangélisables »... Le Christ est l’événement qui, sans détruire le cours général du monde, l’abaisse dans sa toute-puissance ou le transforme en le ré-orientant-messie. C’est pourquoi l’Ascension est ce qui sous-détermine la Croix et lui donne sa futuralité, les aspects de récit théâtral ou dramatique étant des effets secondaires... La Résurrection et par conséquent la Crucifixion sont profondément contraires à l’esprit de la tragédie et du sacrifice qui est celui de la philosophie... Comme événement de « réconciliation », la Résurrection serait un miracle assez misérable, un objet de croyance réglé par l’histoire et agité par les Églises, une sorte de happy end. Si le miracle existe, c’est dans une tout autre économie temporelle, sous une forme virtuelle autant que faire se peut mais il n’est ni premier ni dernier dans la série de l’histoire, il est avant-premier, étranger à cette histoire mais agissant en son sein.
LARUELLE, CF, 2014
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CROIX, Ascension, Sacrifice
Le déterminisme historique de la théologie doit être mis en question. Il transforme le sacrifice du Christ en « cause première » du christianisme d’Église... Autre chose pourtant, un événement inouï a dû se produire virtuellement ou est en cours de sous-venue, la résurrection du Christ et son ascension, une nouvelle amplitude de l’histoire. Descente au tombeau, Résurrection et Ascension ne peuvent être que les phases d’un même événement et devraient pouvoir se lire, mais ils ne se liront justement pas, à même le vide du tombeau. Si la Croix se comprend sur le modèle de ce qui se passe dans une matrice générique, elle est plus complexe que le rite d’un ensevelissement et ne relève pas de la logique de séquences temporelles isolées ou reliées par l’imaginaire d’un « sens » qui serait finalement aux mains de Dieu... Le tombeau vide est une enceinte expérimentale qui appartient à la Croix c’est-à-dire au processus de la Résurrection, pas un fondement, elle fait partie des axiomes du programme qu’est la sous-venue du Christ vivant, si ce n’est que le christianisme s’est empressé de morceler cette venue et de la plaquer sur le « bon sens » d’une histoire à raconter aux croyants. La Résurrection elle-même est menacée si on la prend comme événement historique. Son isolation des autres moments, son institutionnalisation comme dogme fondamental et fondateur de la foi risque d’inverser sa futuralité et de reléguer l’Ascension au rang d’effet terminal et de conséquence, comme la résultante d’un processus, et de la transformer en objet de croyance fantastique. De notre point de vue, l’Ascension qui est souvent passée sous silence ou moins accentuée, comme un effet qui suit de la Résurrection, est avec celle-ci l’opération plus que fondamentale – avant-première – qui sous-détermine le sacrifice et la nuit obscure du Tombeau.
LARUELLE, CF, 2014
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